STEPHANE PELLENNEC

De la photographie poétique à la délicatesse de l’estampe japonais

Stéphane Pellennec est-il un Homme comme tous les Hommes ? Non, il est pudique, simple et honnête.

À sa naissance, il semble s’être ancré à la Terre ainsi qu’à tout ce qui la constitue. Cela a forgé son regard poétique et délicat sur celle-ci et sur nous.

Je l’ai découvert à travers des paysages naturels et frappant de grandeur. Passionnément oxygénant. Oui, c’est possible de respirer à travers une photographie.

J’ai en mémoire la dernière vue sur sa page Facebook. Du Blanc et encore du blanc. La neige. Quelques branches fines à peine feuillues. Des branches endormies en plein hiver finlandais. Voilà l’estampe japonaise.

Sa photographie pose un jolie voile sur mes pupilles et lorsque je suis là, au milieu de ces immeubles, en manque de nature, elle a le droit de m’envahir.

Stéphane Pellennec a ce don de vous faire respirer sans le vouloir en toute pudeur.

Il touche à notre intime profond. Il nous donne du beau. Il nous l’offre même comme si nous étions celle ou celui qui capturions ce moment de grâce pas à travers son appareil photo mais à travers nos yeux.

Et si je vous le racontais légèrement ?

Il est né en 1971 à Brest. La Bretagne et ses contes mystérieux. Ces mystères qui ont forgé sa sensibilité et sa capacité à voir ce qui nous échappe ou ce que l’on maltraite. Il ne se sert pas de la nature. Il la caresse. Il se fond en elle. Ses photographies en sont le témoignage flagrant de ce respect qu’il a pour elle.

La liberté du jazz lui apprend à être attentif aux énergies qui circulent et s’entremêlent autour de lui.

Embarqué par son père au cabaret Vauban de Brest où ils écoutaient ce jazz improvisé le faisant voyager à travers le monde. Il observait alors les visages des musiciens et dans sa tête déjà, les photographies naissaient.

L’inspiration avait planté une graine discrète.

Il y a sa rencontre avec un photographe lors de son service militaire qui lui permet enfin d’affirmer sa photographie jusqu’à avoir son matériel, un appareil réflex argentique manuel sur lequel il fera ses premières armes si j’ose l’écrire ainsi.

Il observe. Il écoute. Il est attentif mais refuse tout influence qui n’est musical ni poétique. Il se libère de l’image de l’autre pour nous offrir la sienne.

Stéphane Pellennec est un artiste qui expose. Sa toute première exposition se passe en Iran en 2010. Puis, la Finlande, la France, le Pays de Galles. Notre photographe voyageur est freiné par la COVID mais ce n’est qu’une question de temps…

je le croyais avant tout photographe de grands espaces et il m’étonne en me parlant de ses portraits. Ceux pris au Zimbabwe des gens ordinaires. Ceux des musiciens et des poètes qu’ils capturent lorsqu’ils sont eux-mêmes happés par leur propre art.

Et lui. Il se photographie pour montrer ce qui l’anime dans cette nature si douce et puissante à la fois. Se confronte t-il alors aux éléments ?

Il reviendra malgré tout aux images du monde par peur d’enfermer les gens dans un cadre fixe sans mouvement. Il a cette délicatesse humaine et artistique qui lui font craindre de limiter les modèles dans sa propre vision et non pas dans ce qu’ils sont réellement.

Stéphane Pellennec nous transmets ce qu’il trouve dans la nature. Le calme, l’air et l’harmonie. Il nous transmet sa sérénité et son pas. Pour photographier, il faut avancer. Il lui faut être ce que nous avons tous été. Des marcheurs.

À un jeune photographe, il donnerait ce conseil. Un appareil-photo à la fonction manuelle en gardant le choix et la liberté. Oui, toujours être libre d’accueillir ce moment, cette lumière. Ce millième de seconde ou ces mois nécessaires à la création dans tout art et si précieusement à la photographie.

Je finirais par ses paroles.

« Ma famille a été mon premier modèle et puis aussi un support permanent. J’en profite pour remercier d’ailleurs ma femme pour sa patience, lorsque lors de nos promenades je pars dans une vague photographique. »

Je la remercie aussi cette précieuse compagne.

Stéphane Pellennec et le don précieux de l’harmonie, d’une photographie à la grâce de l’estampe japonaise.

Laetitia CAVAGNI

auteure et poétesse

adresse de son site web: http://www.aarettomyys.eu/

C’est la fin du siècle des lumières, Vive le siècles des luminaires!

De l’éclaircissement à la lampe de poche

18ème siècle, siècle des lumières où l’on combat l’obscurantisme, la superstition. La recherche de la connaissance et de l’élévation intellectuelle prime sur le souci de l’apparence et des potins. La raison éclaire les hommes et les femmes. Les intellectuel(le)s se questionnent et questionnent leurs propres interrogations. Ils questionnent leur société.

L’Encyclopédie d’ailleurs rédigée, en grande partie, lors de ce magnifique siècle des lumières par Denis Diderot et Jean le Rond D’Alembert. Diderot sera même emprisonné quelques mois car il mettra la connaissance à la portée de chacun.

Houlala, pas bien Denis, c’est dangereux de faire ça !

Des lieux de critiques publiques se créent par l’entremise d’une société cosmopolite et d’expériences diverses.

Et puis…

21ème siècle, siècle du culte absolu de la perfection du corps et de la crasse intellectuelle.

L’ObsCUL-rantisme reprend le dessus. Sus aux Encyclopédies !

  • OK Gogole, dis-moi si je suis la plus belle.
  • Alexa, c’est quoi un dictionnaire ?

Ce siècle des lumières tentant d’enrayer l’ignorance et la bêtise. Cette bêtise empêchant le commun des mortels d’avoir une pensée propre a failli aux portes de ce nouveau siècle.

En effet, qui se targue de zieuter Le dessous des cartes ? Karambolage ?

Qui ne préfère pas un bon petit Marseillais mixé aux 10 couples parfaits ? (Veuillez excuser la pauvreté de mes exemples mais j’ai arrêté là ma recherche. Il m’a fallu subir une trépanation. J’en fais encore des cauchemars, frère.)

A quoi nourrissons-nous nos générations en cours de développement ?

  • Chipper, arrête de chipper !

Dora, arrête de te droguer.

Un juste milieu est nécessaire entre la culture et la « cultivation » de notre bêtise qui nous ramène à des moments de légèreté.

M’enfin, comme dit Gaston, si on vous demande qui était Zola, pourriez-vous répondre :

Auteur et journaliste dépeignant la société durant le second empire par sa dureté, ses exploits politiques et la vie du peuple. Celui-ci imprégnait ses romans d’une multitudes de recherches, toujours en quête d’une vérité.

Et non pas :

Zola, joueur de football italien devenu entraîneur d’hommes qui courent après une balle ronde etc etc

(Ou Kévin Zola, l’aspirateur de mon boulot mais ça c’est une autre histoire)

Je n’ai rien contre ce monsieur qui m’est inconnu mais, est-il un élément de notre culture française, de notre histoire française ?

De la lampe de poche au puits…pas de lumière

Allons plus avant dans notre réflexion. Je tiens juste à ne pas présenter mes excuses à ceux qui se sentent jugés par mes propos. Évidemment, que je juge vos choix. Je suis apeurée, effrayée, abasourdie par ces jeunes représentés dans nos médias et réseaux sociaux ne sachant toujours pas faire la différence entre ça et sa. Frère, merde !

Évidemment qu’il faut de tout pour faire un monde. D’ailleurs, ce monde en est bien la preuve qu’il y a de tout pour satisfaire chacun.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont ». Descartes commence le Discours de la méthode par le constat que nul ne se plaindra de sa bêtise.

En effet, on se plaint souvent de son manque de ressources, de beauté, de cheveux, du poids en trop mais d’un manque de connaissances ou d’intelligence, jamais. Que nenni !

Nous avons tous lu un conte (ou du moins, pour certains, vu un disney). Un seul personnage a t-il réclamé plus d’intelligence voire de sagesse ?

La bêtise est, de toute façon, toujours le défaut d’un autre et non le sien. D’ailleurs, puis-je être idiote seule ? Ais-je besoin de la reconnaissance de mes pairs pour m’identifier bête ?

On n’imagine pas la bêtise durer indéfiniment et pourtant…

On peut reconnaître ceci à chacun, le niveau social et d’études ne nous protège pas de la bêtise. Cela arrive. Mais, il y a celle que l’on fait et celle dans laquelle on s’englue par des certitudes absurdes et une irrépressible envie de réussir sa vie le plus vite possible par tous les réseaux sociaux et médias possibles.

Si je parle fort ou si je porte un jeans déchiré, je peux être tout aussi intelligent et cultivé que le cadre supérieur faisant une faute d’orthographe par ligne dans ses mails.

Je suis un peu plus sceptique donc quant à la représentation d’une certaine tranche de notre jeune société par des Mallory et des JC aux formes plus qu’avantageuses sauf cet organe essentiel à notre survie qu’est le cerveau.

Hé, oui ! Le botox ne s’injecte pas dans celui-ci.

Le manque d’intelligence ou de jugement ne signifie pas une absence complète de ceux-ci: toute personne fait preuve de lucidité dans un contexte donné. La connaissance peut se perfectionner et donc, ainsi, l’intelligence peut s’améliorer ou du moins trouver des solutions à sa faiblesse.

Et j’en fais quoi alors de mon intelligence ?

Alors que l’intelligence est inventive, stimulée par la nouveauté qu’elle est elle-même capable de créer par ailleurs, la bêtise est stagnante, elle s’englue dans les choses. Elle est la pensée devenue mécanique. Le comique l’a parfaitement saisi ce mécanisme. Il est l’art plaqué sur le vivant.

La bêtise est à l’aise dans l’immobilisme. L’autre, le différent est une menace. Alors, elle l’agresse. D’où ces nombreux cris dans ces émissions de télé-réalité et jusqu’à ce que l’autre, cet insensé à la pensée différente, se range du côté de la bêtise.

C’est une expérience à visionner une fois dans sa vie mais juste une fois.

La bêtise réfute la singularité. Elle ne veut rien savoir des autres et du monde qui n’est pas le sien.

« On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. »

Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes

La bêtise s’enfile des tonnes de compléments alimentaires pour paraître. Elle ne muscle pas ce qui ferait sa raison mais plutôt son image.

L’individualisme est passé par là, avec ses deux pathologies grandissantes : l’égocentrisme et le narcissisme. Ne plus pouvoir s’intéresser à autre chose qu’à soi-même, ne plus pouvoir avoir d’autre objet d’amour que soi-même : voilà assurément le cadre psychique à l’intérieur duquel la bêtise actuelle peut se déployer tout à son aise.

La bêtise tient chaud à l’abri du groupe et, de plus, elle est jouissive car elle est signe de force, de toute-puissance.

Pourtant, si je regarde en-dehors de moi-même, le monde implose et même si je tente de freiner, je vais, moi aussi et malgré moi, dans le mur.

Que peut valoir l’intelligence dès lors qu’elle ne protège ni de l’inculture ni de la vulgarité, ni même, comme on l’a vu, de la bêtise ? 

La bêtise de la « prose du monde » comme disait Hegel, philosophe idéaliste, est inquiétante. Elle a la force des techniques d’armement, de surveillance et de contrôle les plus puissantes, celle des mathématiques financières.

La Bêtise, avec intelligence ou non, nous mène au jugement définitif.

« A l’école, Charlemagne, Charles de Gaulle, tous les Charles…ça ne m’intéressait pas. »

Nabila

Laetitia CAVAGNI

écrivaine et poétesse

Messieurs, à vos Pénis

Profondément féminin et féministe dans notre choix

Mais elle est comment ?

Ils en ont une petite, une longue, une rondouillette, une fine, une qui sort de son chapeau et une qui n’a jamais eu de bob sur le cailloux…etc etc

Ils en ont des rosées, des rougeâtres, des blanches, des noires, des pâles, des bronzées…etc etc

Parfois, on les cherche encore et parfois, on les a tellement bien trouvées qu’on peine encore à s’asseoir.

Il y a celle qui tire à blanc, celle qui vire à gauche ou plutôt extrême droite.

Il y a celle qui se dresse au moindre cul qui passe. Celle qui a le temps et ne veut pas qu’on la brusque.

Il y a les chevelus presque beatnik (peace & poils) et les lisses comme des lacs.

« t’aimer sur les bords du lac

ton cœur sur mon corps qui respire »

Julien Doré Le lac

La liste peut s’allonger de multiples exemples et descriptions.

Elle est une fierté, un axe centrale de la virilité. Un truc qui fait que le gars roule des mécaniques bien moulées dans son petit maillot de bain fleuri sur la plage ou à la piscine. Toutes, absolument toutes, nous avons eu ce fou rire face à ce maître-nageur qui laisse tout paraître, y compris son ridicule. Vrai fou rire ou envie cachée ?

Vous savez celui qui vous montre l’exercice d’aqua-gym en-dehors de l’eau. Exercice dont vous vous foutez royalement soit parce que, comme des collégiennes, vous riez soit parce que trop occupées à lorgner sur l’axe centrale du maillot de bain.

Le dit soldat est tellement serré dans ce bout de tissu qu’on a du mal à évaluer sa réalité de notre imaginaire.

Parfois, le torse crevette ne laisse pas présager du pénis à la Rocco.

Parfois,le Hulk à la chemise qui l’étouffe nous laisse sur notre faim et, malheureusement, pas pantoise.

Que d’injustices face à vos pénis. Nous jetons un œil à la pointure de votre chaussure par une habitude mythologique.

Nous le pensons si bien pourvu sous un uniforme rouge ou bleu-marine voire une blouse blanche. Laissez-nous rêver de docteur Mamour et de Sam le pompier (ben quoi?).

Mais, toutes nos représentations ne sont que des représentations.

Un costard-cravate, bien sous tout rapport, propre sur lui, à la messe le dimanche, la mèche toujours bien placée est un discret qui préfère nous ignorer pour mieux nous rendre curieuse. On le croit frileux. Il vous met à genoux et peut vous casser les pâtes arrières en moins de deux secondes. Et même que vous en redemandez, nom de Dieu !

Le maillot du maître-nageur ne vaut pas forcément le costard-cravate. Regardez bien, mesdames et mesdemoiselles. Ce pantalon fluide caressant l’objet de certaines convoitises.

On s’égare. On s’égare.

« Pénis : un instrument des plus capricieux, sur qui l’on ne peut guère compter, encombrant lorsqu’il ne sert à rien, absent quand on en aurait besoin, partageant rarement les idées de son propriétaires, bref une source de contrariétés sinon de tracas. »

Jean Dutourd, académicien, écrivain

Et la taille dans tout ça ?

Alors, nous devons évidemment nous poser cette question essentielle : la taille compte t-elle ?

Pfff ! allez, les menteuses ! Soyez honnêtes !

Nous repensons à cette amie qui nous avoue avoir déjà demandé si la pénétration avait débuté et celle qui se met un doigt (mais juste un doigt, d’abord) pour ressentir quelque chose.

Bien sûr qu’un énorme pénis mal employé nous maltraitera plus qu’il nous fera plaisir. Il nous faut un juste milieu mais pas entre 5 centimètres et 10 centimètres.

Je reste dans le politiquement correct parce qu’entre 10 centimètres et 13 centimètres, on peut s’ennuyer,non ?

STOP ! On vous arrête ! Nous ne sommes pas des chiennes en chaleur qui quémandons la queue de Rocco.

À quoi bon un pénis si celui-ci ne nous propose rien ?

Houlala ! J’entends déjà ces messieurs m’expliquer combien nous avons tort. Nous tenons à vous rappeler que c’est vous qui nous la mettez mais nous qui l’accueillons (homosexuels inclus).

Nous pouvons donc juger de ses effets sur notre corps.

Alors, quel est le juste milieu ? Chacune avons une réponse qui diffère en fonction de son envie, son fantasme, de ce qu’elle en fait ou non.

Il serait bon que nos partenaires nous le demande enfin. Après tout, messieurs, vous gênez-vous pour évoquer, de long en large, en travers, en taille et en grosseur, combien telle ou telle poitrine vous sied plus qu’une autre.

Et si nous, en la voyant votre queue, et ce, malgré quelques sentiments amoureux, on se disait que finalement, on n’en n’a pas envie ?

Parce que des petites, des grosses, des longues, des fines..etc, on en a vu et pas qu’un peu. On les a vues et même senties.

Le corps de la femme est perpétuellement jugé surtout l’âge avançant. Il ne s’épanouit pas avec le temps comme un homme. On le flétrit et on le remplace par plus ferme, plus jeune.

On plaisante sur le sein qui va tombant, le sein qui va rampant.

Osons-nous nous moquer de vos queues qui se ramollissent, se rabougrissent et finissent par être presque invisibles ?

Mais, elle veut quoi la femme aujourd’hui ?

Elle veut qu’on lui laisse affirmer son choix et que l’on cesse de la confondre avec la mère Thérésa des queues. Non, elle ne les veut pas toutes. Non, elle ne les acceptera pas toutes.

Ne soyez pas vexés si nous vous refusons notre accès.

« Allez, tu vas changer d’avis en la goûtant. »

Ha bon ! Et vous, vous avez changez d’avis en bouffant des tripes de porc sauce au roquefort ?

Elle a ses propres goûts même pour cet instrument qui vous appartient.

Avant de vous plaindre de la simulation orgasmique, laissez-nous donc nous donnez notre avis.

« Je ne choisis pas des amants mais des femmes avec un pénis. »

Sharon Stone

Laetitia CAVAGNI

poétesse et écrivaine

post scriptum pour les haineux : pas du tout en manque, mon gars. Tout va bien pour moi. Nous pouvons encore rire de tout, bordel.

Sébastien Durand Enfermé(e)s dehors avec un photographe

Sébastien Durand est un photographe dont l’œil se faufile à travers les rues et les transports des grandes villes.

Paris est principalement son aire de jeux.

Ça c’est ce que l’on dirait de commun sur lui car il est discret. C’est un pudique dont le moindre mot est un cadeau qu’il vous fait.

Il se préserve dans son silence tout autant qu’il donne beaucoup à imaginer et à observer dans ses photographies.

On pourrait le penser généreux et galant photographe. Ses photographies nous montrent un moment d’une vie, une pensée qu’il pourrait avoir alors. Tout cela se fige dans le temps, notre temps.

Nous ne pouvons nous empêcher de venir et revenir à l’image qu’il a attrapé et nous a permis de voir.

Tout me raconte une histoire.

Cette tête hors de l’eau sans corps. Ce corps dans l’eau sans tête.

Ce ventre rebondi qui ne peut se cacher derrière le porche d’un immeuble. On devine un homme. Attend t-il quelqu’un ? Une femme ? Un ami ? Un taxi ?

Cette personne au loin allongée, les bras en croix, sur une plage. Elle est seule dans l’infini du monde.

Je pourrais vous les raconter toutes tant toutes m’inspirent.

Il a un côté artistique à la Jacques Tati dans « Mon oncle ». Ce gars discret dans son grand manteau et sous un chapeau informe.

Sébastien Durand a un appareil-photographique et une cape d’invisibilité.

De l’enfant discret à l’homme caché

Il se décrit introverti dès son plus jeune âge. On le pense facilement taiseux, observant ce qui l’entoure, se nourrissant des détails que l’on gâche en envahissant l’espace par trop de mots, de mouvements.

Il se dit adulte secret s’évitant la lumière du devant de la scène mais nous la faisant découvrir à travers son œil.

« La scène, je la regarde avec mon appareil photo : il est plus disert. »

Lors du confinement, il a livré une seule photo de cet œil clair, une main et une épaule. Une main posé sur son visage et qui rappelle l’objectif d’un appareil-photographique.

Vous pourrez aussi voir sa silhouette dans l’ombre d’un autre homme dans une ram de métro quelque part à Paris.

On n’en verra jamais plus. En avons-nous besoin ?

Il nous laisse le droit de nous approprier chaque monde photographié, chaque personne capturée et de créer sa propre histoire hors champs.

De l’homme caché au photographe-conteur

il se met, négligemment, à la photographie en 2017 après avoir avoir acheté un appareil-photographique numérique lors d’un voyage à New-York.

« Je ne me serais peut-être pas lancé sans le numérique, ce droit de se tromper à volonté, d’essayer, d’effacer et de tout reprendre, sans investir massivement dans les pellicules. »

En août 2018, il expose pour la première fois au Leica Café in London. Sur les conseils d’un ami, il s’inscrit au concours Street Photograhy international. Sa photo « le passage du train » y trouvera sa place.

Sébastien Durand se qualifie de photographe de rue. Il se fait oublier pour ne pas influencer un événement ou influer sur le comportement naturel d’une personne.

Il est dehors. Le dehors se passe aussi dans les couloirs ou les rams de métro.

Cet endroit est un condensé des différentes facettes du monde qui éclatent dans des instants courts. Il se donne la peine de les regarder, de nous montrer ce qui

nous est passé à côté et que l’on a évité.

On court. On court. Sébastien Durand, lui, se pose et lance son filet à images.

Le métro et ses couloirs sont des moments de pause pour certains. On peut ressentir, malgré tout, leur agitation intérieure de grimper dans cette ram.

Les mélanges des genres sont prégnants. Ça nous saute aux yeux.

Sébastien Durand entremêle sa vue intelligente, fine de notre mouvement ou notre immobilisme à ce qui est près de nous. Il fait des liens entre une lumière, une publicité, un objet, une personne, une impression, une émotion.

Tout raconte. Tout est scène. « Il n’y a pas de beau conte sans un bon conteur ».

Son œil sait extraire ce qui fait sens, ce qui fait histoire, ce qui est pour retranscrire tout ça dans un cadre contraint où les lignes imaginaires sont imposées. Ce cadre oriente la lecture de l’image. Au photographe, donc, de guider cette lecture.

Même si son intime est préservé par sa pudeur, il transmet un ressenti profond. Il démontre que l’on peut créer sans se déposséder.

Le photographe enfermé dehors

La photographie de rue se pratique dans de nombreux espaces publics et pas seulement strictement dans la rue. C’est tout ce qui est un lieu public. Les transports, les marchés, les musées, nos rues…

Elle n’est pas préparée ou fabriquée. Elle est spontanée et se décide dans l’instant.

L’appareil-photo, lui, est le moyen d’être attentif à l’autre.

Elle raconte l’humanité en un instant précis. Un moment où l’autre est évaporé dans ce qui l’entoure. Il devient un lien à autre chose sans même s’en apercevoir.

Un cliché pris dans une ville inconnue vous fait déjà voyager dans celle-ci. Le photographe partage ce qu’il voit.

Son rôle est de nous pousser à sortir du cadre de ce qu’il donne à voir. Et s’il y arrive, on peut le qualifier de talentueux. Sébastien Durand est un photographe talentueux.

À moi, l’écrivaine, il me dit combien l’humain reste aimable malgré toute la laideur dont il fait preuve de plus en plus souvent. Il m’offre la poésie derrière un instant et j’ai d’attraper mon stylo, mon cahier. Écrire. Écrire pour raconter ce qu’il me laisse voir du monde.

Il me rappelle combien j’aime cette ville aussi sale que sublime : Paris. Tous ces mots que je jette dans ma valise lorsque j’en reviens.

Et pourtant, parfois, il n’ose pas ou se laisse dépasser par le temps. La photo lui échappe. Une contrainte du photographe de rue.

« Tant d’instants pris par un regard, mais qui se sont échappés avant que je ne prenne une photographie ! Pas d’appareil, pas le temps, scène trop lointaine, lumière qui s’évanouit trop vite, manque d’audace pour prendre une personne en gros plan. »

Et, comme il me l’explique, l’histoire se raconte en une case dans laquelle tous les éléments doivent être présents au même moment. L’instant passe si vite.

Et son après…

Des expositions en suspend qui se reprogramme aux compte-gouttes avec le collectif Regards Croisés à Paris en fin d’année 2021 et l’exposition Street Sans Frontières en mai 2022.

Une exposition plus personnelle autour de sa photographie dans le métro. En cours de préparation ? Nous vous le dirons.

• Festival de Street Photography du Collectif Regards Croisés (2022, Paris)
https://www.collectifregardscroises.org/

• Exhibition Street sans frontières (Mai 2022, Galerie Joseph, Paris Turenne)
https://www.streetsansfrontieres.com/

• Collective book « Tales of unwritten » (Exhibit Around), with Street Photography collectives iN-PUBLiC, VoidTokyo, Women Street Photographers, BULB Photos, Un-posed and Observe Collective.


Des photos, des photos, toujours des photos.

Une dernière question et je vous laisse en paix. Et vous ? Qui êtes-vous dans le métro ?

Je suis le gars avec son appareil-photo ! Comme tous les voyageurs, je dois avoir mes expressions, mes histoires qui transparaissent à travers une posture… Difficile de se juger de l’intérieur. Peut-être que j’aurais cette chance à mon tour d’être le photographe photographié.

Il y aurait encore tant à questionner de son regard mais je vais faire comme ce magnifique photographe : me taire et vous laisser découvrir.

https://www.facebook.com/sebastien.durand.98434997

https://www.instagram.com/durandsebast/

Laetitia Cavagni

écrivaine et poétesse

SOMMES-NOUS TOUS LES ENFANTS DE NARCISSE ?

Dans un article du journal Le Monde datant de 2005, la question de l’apparence s’imposait déjà comme la façon de se différencier et de satisfaire son narcissisme.

Les sociologues partaient du postulat que la fin d’une vision utopique du monde laissait sa place à l’individualisme.

«L’amour de soi passe chez tout le monde avant l’amour du prochain », Euridipe.

Le corps est un accessoire à modeler non pas, en premier lieu, pour une meilleure santé mais une meilleure image de soi à renvoyer à l’autre.

De soi à soi et de soi pour se montrer à l’autre.

Dis-moi que je suis beau et je m’intéresserai à toi.

Transformer son corps, le maîtriser par la chirurgie voire une pratique sportive intense presque pathologique et une alimentation dans laquelle le plaisir a quitté l’assiette.

La liberté du corps mise à nue et portée aux nues depuis les années 60 pose la question des nouvelles préoccupations de notre société.

Celles-ci deviennent individuelles et créent une économie florissante. « Serions-nous tous les enfants de Narcisse amoureux de notre image ? »

L’exposition de plus en plus prépondérante efface la frontière entre le public et l’intime. Le corps est alors un produit d’un côté mais aussi une façon de s’exprimer, d’exprimer sa personnalité et même son appartenance à un groupe.

On se pense à l’abri du regard jugeant de l’autre tout en cherchant, malgré nous, son assentiment.

Cette perpétuelle préoccupation de soi touche des générations de plus en plus jeunes connaissant déjà les rouages de ce fonctionnement sans être toujours protégées.

Qu’en est-il de l’évolution de l’image de soi depuis la libération du corps ?

Est ce que cela a redéfini la relation à soi puis à l’autre ?

Est ce que l’éducation des enfants plus centrés sur eux et moins sur l’extérieur change leur rapport au monde ?

Pourrions-nous partir du postulat que la liberté et la libération du corps sont réellement les seules raisons de l’individualisme et du narcissisme actuel ?

La libération de ce corps, advenue dans les années 60, amène nombre d’entre nous à se lancer éperdument dans des régimes pour ne plus rien voir dépasser.

Des bouts de chairs en trop. Beaucoup ne peuvent quitter leur domicile sans passer des heures à s’apprêter dans leur salle de bain se tirant le portrait minute après minute jusqu’à obtenir l’image parfaite qu’ils publieront afin de remplir la jauge à compliments de la journée.

Que l’on soit Narcisse fasciné par son propre reflet, s’aimant beaucoup trop ou, au contraire, que l’on ne supporte pas ses attributs physiques, la psychologie moderne nous dirait que cela revient au même sentiment d’un amour de soi défaillant. Cela crée un équilibre délétère entre le physique et le psychique.

Comme le dit Paul Denis, psychanalyste et auteur de «Le narcissisme » (éditions Que sais-je?) : « Notre narcissisme est fait de toutes les formes d’intérêt que l’on a pour soi. »

On peut donc comprendre que s’aimer ne suffit pas. Il faut pouvoir avoir de l’intérêt pour tout ce qui fait notre personnalité, notre caractère, savoir comment nous nous aimons et avoir renforcé ce sentiment d’amour envers nous-même.

La libéralisation du corps a donné une place importante au corps au détriment d’autres traits de ce qu’est une personne. Il est possible que nous pensions que c’est par ce corps que nous deviendrons aimables.

Le nombre d’opérations de chirurgie esthétique a augmenté. 40,8% souhaitent embellir leur apparence physique, 21,9% masquer certaines imperfections et 13,7% simplement rajeunir.

Ce n’est plus un tabou que de se transformer et d’utiliser les moyens à notre portée afin d’améliorer ce corps qui est ce que l’on pense devoir présenter en premier lieu et faire aimer en premier lieu.

Quelque soit sa méthode, chacun semble chercher son Graal physique.

D’autres se couvriront de tatouages ou de bijoux afin de s’embellir et peut-être faire un « pied de nez » à ce temps qui passe malgré nous. Le tatouage ou le piercing sont aussi des manières d’attirer l’oeil.

La libération du corps demande un effort important et cela dans un objectif, peut-être, de ne jamais avoir à supporter la solitude.

Mais, on peut aussi y voir ce besoin de ne pas accepter le contrôle de l’autre, de l’Etat, du corps médical et de ce vieillissement naturel afin d’en faire son appartenance totale.

Une affiche du MLF1 (mouvement libération de la femme) datant de 1970 montre des corps nus enlacés en plein acte sexuel et des femmes et des hommes rassemblés pour une manifestation. Ce rassemblement permet de poser une revendication : le désir de choisir et vivre selon ses propres valeurs en contestant l’autorité en place. Se libérer et s’aimer ont permis à l’individu de dire, de montrer ses besoins et ce qui est ou non acceptable.

Pour exemple, nous pouvons évoquer la santé des femmes voire des personnes souffrant de troubles psychiques. Les souffrances sont enfin entendues et des solutions se dégagent de cette écoute.

Les enfants et les adolescents accèdent aisément à tout ce qui fait d’eux un être presque de perfection notamment car ils deviennent, souvent et de plus en plus, des accessoires de mode ou de représentation pour des parents en quête, au-delà d’eux-mêmes, d’une reconnaissance absolue. Ils font de leurs enfants une vitrine de leur bonne parentalité et cela ne se traduit pas uniquement par des principes éducatifs étalés dans diverses émissions ou réseaux sociaux. Cela se traduit aussi par un enfant, dès sa naissance, vêtu de vêtements excessivement onéreux, jouant avec des jeux excessivement chers et pas forcément adaptés. La libération du corps a conduit à cet étalage de soi et de ce qui nous appartient dont les enfants.

L’enfant est un produit d’appel publicitaire. Cela attire des abonnés. Tout est un bon moyen pour être vu et aimé. L’enfant devient donc un clone de son parent.

Certains adolescents fonctionnent sur le même comportement que ces adultes en faisant de leur image un moyen de se faire entendre, connaître et donc aimer.

Mais cet amour factice et instantané, peut se transformer en pugilat publique dès qu’une haine s’installe.

Est ce que ce domaine public où l’on fait valoir la libération de son corps et de son être n’aurait pas tendance à nous enfermer ? On peut constater qu’il existe aussi des personnes ne pouvant se détacher de ce domaine devenant addict à l’approbation des autres par ce biais.

Lorsque nous sommes ce regard sur l’autre, nous évitons de voir ce qui est dérangeant, méprisable ou miséreux comme une crainte que cela ne soit nous.

L’individualisme, cette tendance à se privilégier au détriment de la société, est un acteur dans la libération du corps. C’est parce que j’ai vécu telle ou telle expérience que je mène tel ou tel combat vers la liberté qui commencera par la mienne ou que je pense que cette liberté peut être celle que recherche l’autre.

On parle beaucoup aujourd’hui de l’individualisme comme d’une maladie qui envahirait toute la société. Cette libération du corps rend dangereuse notre société par ce manque de solidarité et de vision commune. Les individus vont choisir leur vie et oublier le collectif.

Existe-t-il réellement un tel individualisme généralisé ? N’était-ce pas plutôt pour répondre à une société moderne pesante et de plus en plus exigeante dont les individus se définissent par eux-mêmes sur des bases de relations différentes et riches mais complexes.

Un sociologue, Emile Durkheim2, exprimera plutôt que l’individualisme renforce et accentue le lien social en donnant des façons de se rencontrer et de s’exprimer plus importantes. Il y a donc une ambivalence entre le concept d’individualité et la solidarité. Pour autant, on peut aussi comprendre que ces concepts fonctionnent en miroir. L’un ne peut aller sans l’autre. Je m’intéresse à l’autre car j’y trouve mon intérêt quel qu’il soit et surtout si l’autre approuve ce que je présente ou représente.

La libération du corps amène à être plus à l’écoute de son corps, son désir et son envie en se détachant de ceux qui le contrôlaient auparavant mais cela signifie aussi que sa sécurisation est de notre seule responsabilité.

Nous devons assumer nos choix le concernant. Nous devons aussi apprendre à nous protéger de ce regard, le nôtre ou celui de l’autre, qui peut être bienveillant mais aussi malveillant.

Être un enfant de Narcisse ne découle pas obligatoirement de la libération du corps mais cela a accentué ce « symptôme ». nous le considérons comme un être à part entière parfois plus essentiel que le reste de notre personnalité. Il faut bien entendre que développer tout ce qui fait une personne est le véritable amour de soi en acceptant ce qui ne peut se changer et ce qui est.

L’amour de soi passe par l’acceptation et non par le perfectionnement.

Les valeurs individuelles, les besoins et les désirs personnels ont une place dans la construction d’une société et d’une communauté car ils peuvent aider à comprendre et à entendre l’individu. Ce qu’il vit. Ce qu’il veut. Ce qu’il est.

Le narcissisme mesuré est nécessaire afin de faire valoir son identité face à l’autre.

1http://musea.univ-angers.fr/exhibits/show/le-planning-familial-50-ans/les-annees-1970-la-liberat

2É. Durkheim, « L’individualisme et les intellectuels » (1898), repris dans La science sociale et l’action , Paris, PUF, 1987 (1970)

Laetitia CAVAGNI

poétesse et écrivaine

Mon utérus n’est donc qu’une matrice ?

10h40. À l’heure. Salle d’attente froide bondée de femmes, uniquement des femmes. Des jeunes, des comme moi. Celles qui ne viennent pas avec l’espoir au ventre de porter un autre être. D’alimenter ce monde d’une autre richesse.

11h38. Presqu’une heure de retard. Je rentre dans le cabinet de la gynécologue. Les mots s’enchaînent. L’examen long et pas vraiment agréable.

Les solutions (est-ce réellement des solutions?) sortent par vague de sa bouche.

Numéro une : inefficace.

Numéro deux : efficace sur du court terme.

Numéro trois : efficace ad vitam aeternum. Cette éternité me prive d’un organe.

Mais, soyons honnête, on s’en fout. On s’en branle. On s’en bat la cacahuète. Après tout, je les ai eu mes enfants. Il ne sert plus à rien mon utérus.

Ce n’est qu’un sac vide depuis 2012 et stérile depuis 2013.

25 janvier 2012, naissance de ma fille.

Discours du chirurgien :

  • Madame, après 3 césariennes, je vous conseille la stérilisation. Si je pouvais vous l’imposer, je le ferais.

Violence des mots. Violence de l’instant. Donnez-moi ma fille qui n’a que quelques heures afin que je lui dise la bêtise du milieu médical. L’indifférence encore présente à l’encontre du corps féminin et des douleurs féminines.

8 novembre 2021. je me questionne. Pourquoi me l’avoir laissé cet utérus si on l’envoie au peloton d’exécution quelques années plus tard ?

Être stérilisée alors que cela n’est pas un vrai choix, oui, on vous dit que vous pourriez mourir et tuer celui ou celle qui pousse en vous, est une douleur physique. Le médecin insiste pour insérer son implant là où le corps refuse.

Et alors dans votre tête… c’est un échec. C’est encore une histoire où je ne peux pas contrôler ce qui se passe pour mon corps. Je ne peux pas le défendre, le protéger.

Je pense à la suite. À ma vie. À ma fatigue de supporter ce mal qui m’étreint chaque jour depuis plusieurs années.

J’entends ceux qui disent encore et encore, beaucoup de femmes d’ailleurs, que je dois penser à ces magnifiques enfants qui sont à mes côtés. Elles essaient d’être bienveillantes. Elles me disent aussi que je me sentirais mieux.

Mais, la question n’est pas là. Pourquoi dois-je me départir de quelque chose qui m’appartient à moi intimement en tant que femme et ne concerne personne d’autre ?

Pourquoi la médecine n’a pas d’autres solutions ?

La gynécologue continue :

  • on fait ça rapidement en l’ôtant par le vagin.

Je n’ai rien demandé, moi. Je vais vomir.

J’accouche de moi-même finalement.

Et cette question : que sera ma féminité sans lui ? Serais-je encore une femme ?

Évidemment que oui mais est ce que je vais me sentir ainsi ? Moi ? Pas vous. Moi ?

La colère m’enserre et m’épuise. Quel choix véritable avons-nous nous les femmes dans ce monde où on décide encore pour nous et où on légifère pour nous donner le droit de décider ?

Nombre de femmes n’ont aucune difficulté à accepter qu’on leur retire cet organe inutile désormais ? Libres des contraintes d’être une femme sans être de vieilles femmes. Et, je les approuve. Je les envie. Elles ont raison.

Où est le véritable choix ? Souffrir ou se recréer ?

Ben moi, j’ai peur de la suite. Moi aussi, j’ai des choses à dire.

Je veux dire merde à tous ces médecins qui ne nous pas entendus et n’ont pas entendu la souffrance de femmes. Car, j’en connais qui vivent de vraies catastrophes cachées dans leur corps. C’est trop tard pour elle. On ne peut plus rien. Elles devront avoir mal toute leur vie. Pourtant, regardez-les. Elles vous sourient. Elles se vêtent de leur féminité. Elles sont des guerrières.

Je veux dire merde à ce médecin qui m’a infantilisé alors que j’accouchais de mon troisième enfant. Merde de votre implant si mal positionné que je ne peux pas accéder à un traitement.

Je veux dire à ce médecin qui n’a pas cru à mes douleurs. Mon utérus commençait à se déchirer. Et là, y’avait pas un risque pour un bébé aussi ? Ha pardon ! Si c’est vous, c’est une erreur et l’erreur est humaine.

Merde à la maladie. Aux maladies silencieuses.

Merde à ma maladie. Mais va t-elle enfin me lâcher ?

Vous nous voyez sourire, porter fièrement nos poitrines et nos utérus.

Mais, au fond, que savez-vous de nous ?

Partiriez-vous travailler la sang goûtant entre vos jambes ? Des contractions crispant vos membres ?

Supporteriez-vous tous ces tabous autour de cet organe ?

Non, mon utérus n’est pas qu’une matrice.

Oui, je suis une femme.

Et toi aussi. Toi. Et toi. Dis-leur. Quelque soit ta maladie. Il est à toi. Il est à moi.

Alors, allez-y ! enlevez-le ! Je pleure déjà. Elles pleurent déjà toutes. Avec ou sans enfants.

Je vais me recréer même si vous décidez pour moi.

C’est quoi être une femme alors ? On se questionne tellement sur notre genre qui ne se situe plus au niveau de nos organes génitaux et de tout cet appareil reproducteur.

Après tant de lutte, vous nous « costumez » toujours de cette vision de génitrice. Physiologiquement, évidemment nous l’avons compris. L’utérus est un organe de reproduction.

Et alors ? La médecine ne l’écoute pas plus qu’il ne nous écoute.

C’est quoi rester un être humain lorsqu’on n’est plus qu’une image floue sur une machine lors d’un examen médical ?

  • Toc toc toc !
  • Qui est là ?
  • Une personne.

Quel est le poids de notre voix ?

Que vais-je dire à ma fille ? Souffre en silence. Et quelque soit ta maladie, fais ce qu’on te dit.

Tu seras une femme, ma fille.

Je propose de fêter ce futur potentiel deuil.

Ce soir-là, portons nos plus beaux atours et buvons jusqu’à la lie ces bouteilles aux bulles pétillantes de vie.

Je vous prouverais que je ne suis pas qu’une matrice. Et elles non plus.

Ni une porteuse d’enfant ni une porteuse de vos désirs.

À moi de décider de souffrir ou de m’amputer.

À moi de décider de ma vie.

Laetitia CAVAGNI

écrivaine et poétesse

Dans le rétro des Pike aux premiers pas en solo d’Olivier Brunie

De l’enfant joueur à l’homme musicien

On l’aperçoit souriant et blagueur au travers différents concerts « maison » sur notre toile bleue facebookienne et avec un musicien de leur groupe Pike, (article à plumes d’elles « Pike ou la délicatesse du rock-octobre 2020) lors des différents confinements mais pas que…

Olivier Brunie a ce pouvoir de sortir de sa boîte à musique, différents textes déposés sur des musiques qui vous prennent autant au cœur qu’aux tripes.

Lorsqu’il nous parle, son accent du Sud chante déjà et lorsqu’il chante, son accent nous parle d’amour, de désespoir, d’envie de vivre sans regarder ni derrière ni devant. Ne voir que l’aujourd’hui. Cet aujourd’hui parfois vide et sombre dans lequel il nous entraîne malgré nous pour, soudainement, nous jeter sur le rivage de sa soif de vivre et nous sauver de sa mélancolie.

Olivier Brunie, c’est quelqu’un comme vous et moi. Il se lève. Il travaille. Il se recoiffe et se retaille la barbe (non, alors, ça, à plumes d’elles, on le fait pas).

Puis, il rentre chez lui et il se fait magicien.

On sent chez lui le gamin caché derrière ses rides d’homme mature. Il sort de temps en temps et nous dit Ô combien, la vie est rude pour les âmes sensibles, rebelles.

Derrière sa guitare ou son piano, l’enfant Olivier pose une main sur l’épaule de l’homme qu’il est devenu comme pour le rassurer sur le fait que, non, son enfance ne s’est pas envolée.

Olivier Brunie, lors de cette interview dit regretter son innocence mais, rassurons-le, ses chansons coulent sur nous comme les bonbons sucrés de notre enfance. ils font mal aux dents parfois mais on ne peut pas se passer de leur goût ni des souvenirs. Son innocence se voit dans ses yeux lorsqu’il partage ce qu’il aime : la musique. L’oeil pétillant et espiègle, il semble avoir toujours quelque chose à nous dire alors il les écrit et les chante.

Ses notes et ses mots

Pour lui, la musique est comme l’amour, mêlée d’amour évidemment et de haine. Haine de quoi ? De qui ? De soi ? De l’autre ?

Certainement aussi un mélange de tout ça. Il dit ce qu’il est alors. Sa crainte de décevoir et d’être déçu. On le sent constamment oscillant sur un fil entre sa pudeur d’être et ce déchirement vital de nous partager ce qu’il ressent, ce qu’il voit.

Il écrit ses mots et sa musique sans ne jamais rendre l’une jalouse de l’autre. Allez, hop ! Mesdemoiselles, les deux ensembles. Sur des cahiers, des feuilles parsemées. On l’imagine hors du monde, concentré et penché, comme un enfant studieux avec entre les doigts son stylo et contre lui un instrument de musique.

C’est toujours habillé d’un sourire avalant l’intégralité de son visage qu’il nous présente ses compositions. Alors, là oui, on le sait généreux et on écoute. Je l’écoute. J’oublie qu’il est beau gosse, comme nombre de chanteurs, parce qu’Olivier Brunie c’est avant tout des jeux de mots fins, intelligents, surprenants. Et pour une auteure, ça interpelle. Je me suis dis bien souvent « mais pourquoi ce n’est pas moi qui ais trouvé ça ».

« La chanson, c’est ma vie. J’ai cette chance de pouvoir les manier (les mots) alors j’en profite un peu. »

il nous dit pouvoir envisager de rester dans l’ombre des mots. Permettez-moi de vous dire que j’en doute fortement. On sent que la scène est sa seconde peau. Il a ce besoin vital d’être entendu et surtout de donner. Donner du plaisir, de faire sourire ou de toucher là juste à gauche, ce palpitant rougeoyant.

Il se nourrit d’artistes aussi différents que Renaud, grand manipulateur aussi du mot, que des Beatles. Il aime l’écriture absurde et drôle de John Fante et celle plus réaliste de Ernest Hemingway. Mais l’art est un tout pour lui. Il aime la photographie et la peinture, l’image autant que les mots.

Alors, il fait quoi maintenant le chanteur des Pike ?

Ben, il reste un Pike. Nous le retrouverons, un jour ou l’autre, en avant de leur scène ensemble auréolé de ce lien fraternel.

Pour le moment, nous pouvons révéler que cet artiste unique a travaillé durant plusieurs mois sur deux projets solo mais pas solitaire.

Un album de 5 titres avec Jean-François Delfour, compositeur, réalisateur et producteur indépendant notamment d’un chanteur-poète (que j’admire depuis toujours) MC Solaar. https://www.jfdmusic.com/

Une belle rencontre lors d’un week-end d’atelier écriture créé par l’association «Des cordes et des voix ».

Un album travaillé avec Bruno Pradels, compositeur, arrangeur depuis plus de 20 ans qu’il connaissait déjà grâce à l’aventure des Pike. https://www.facebook.com/bruno.pradels

Deux albums plus intimes, plus acoustiques. Mais, chut ! Secret professionnel oblige. Chut !

Voilà donc un artiste qui a l’audace d’ouvrir la porte à sa liberté musicale et n’a aucune crainte d’être sur scène en tant qu’Olivier Brunie et plus uniquement comme membre d’un groupe.

Nous attendons donc de connaître ce que ces silences ne nous révèlent pas encore de lui et sa duplicité : face sombre contre face lumineuse.

Et pour patienter, n’hésitez pas à l’écouter en live sur radio zinzine.

https://www.radiozinzineaix.org/index.php/component/commedia/popup/2463/7428/2463/component?fbclid=IwAR17zDeXsAWAQnTvS23Z7lTRWtBe0Ccl4t1Fsgqp9vJsTeXJt6ofW7jJRBs

Sa maxime musicale

« Ma musique comble mes manques et mes manques comble ma musique »

https://www.facebook.com/Olivierbrunie

Laetitia Cavagni

auteure, poétesse, chroniqueuse et future…

je raconte: l’hypersensibilité

par Angélique Rolland, hyper auteure et hyper sensible

L’hypersensibilité c’est un vaste sujet, un océan de beauté et de fausse vérité car c’est aussi à la mode selon moi.

Beaucoup utilisent ce terme pour essayer de rentrer dans une case, d’avoir une étiquette collée au front.

Être hypersensible ce n’est pas forcément pleurer devant un couché du soleil, ou devant un bon film.

C’est un peu cela, mais pas que !

C’est une façon de voir la vie autrement, c’est vivre différemment.

Me concernant, je me suis toujours sentie différente.

À l’école, j’avais beaucoup de mal à me mélanger aux autres élèves, et je ne riais pas des mêmes choses qu’eux. Je ne comprenais pas l’humour des enfants de mon âge, en l’occurrence je me sentais sécurisée avec un adulte. J’aimais être dans mon petit monde à moi. J’étais imaginative, je me fabriquais tout un univers de créatures, je voyais en chaque fleur une fée, en chaque caillou un lutin transformé, en chaque arbre un être appart. On me trouvait bizarre, je ME trouvais bizarre ! J’étais sensible à toutes remarques, bonnes ou mauvaises. Si un instituteur me félicitait, je me sentais détestée par les autres et trop regardée, et quand les camarades étaient difficiles, je n’encaissais les choses que quelques semaines plus tard.

Très modestement, j’ai toujours eu de bonnes notes. Mes professeurs parlaient de  » précocité »,  » d’hypersensibilité », etc… Le terme haut potentiel n’est venu que vers mes 20 ans et il n’est à ce jour pas encore diagnostiqué.

À l’adolescence j’étais comme une adulte de 25 ans dans le corps d’une gamine de 15 ans. J’étais incapable de me mêler aux jeunes de mon âge.

J’étais vite dépassée par les modes technologiques, je préférais encore mon cocon, ma féerie. Je pleurais souvent devant de beaux paysages,  en écoutant de belles musiques. J’écrivais un peu des textes de temps en temps, et j’avais l’impression de vivre une explosion de saveur quand je lâchais ma créativité sur papier. À 15 ans ce n’est pas le terme que j’avais en tête, mais aujourd’hui, avec le recul ( et je reprends les mots d’une psychologue qui m’a suivi) je le reçois comme un  » orgasme cérébral ». C’était jouissif d’être moi-même.

Parce que je me sentais trop sensible pour la moyenne, dans ma bulle, et je me forçais souvent à être une adolescente ordinaire. Quand j’écrivais j’étais authentique, je lâchais prise.

En entrant dans l’âge adulte, et maintenant en avançant à petit pas vers  la trentaine, je revendique mon hypersensibilité.

Elle est là, je la perçois physiquement dans mon corps et mon esprit. Elle est palpable pour moi, et pour les autres.

Je prends les choses très et trop à cœur. Je réfléchis trop. Mon cerveau est un passoir ! Aucune idée ne passe inaperçue. Ça ne s’arrête jamais ! Mes proches ont même du mal à me comprendre et je suis régulièrement obligée de prendre des distances pour ne pas déborder dans mes émotions. Beaucoup me demandent d’être une autre, mais demandons-nous à un hétérosexuel de devenir homosexuel ? Demandons-nous à un homme de devenir une femme ? Demandons-nous à un sage de devenir un bandit ? Je suis née hypersensible, aucun évènement n’a forcé ces émotions à être à des décibels plus élevées que les autres, c’est ma personnalité et je pense ma force aujourd’hui. Les larmes d’un hypersensible sont à mon sens de jolies perles pleines de sincérité. Et leurs chaines tintent des bruits magiques et ne trainent pas comme des fardeaux froids et lourds. Je n’ai pas ces sensations me concernant en tout cas. Je sais par contre que l’on me pense fragile et vulnérable mais en réalité c’est un volcan d’ambition et de force dans mes tripes.

Je pense que ces personnes vivent des émotions très fortes. Il y a donc très peu de juste milieu. Le sourire et la joie sont aussi forts que la tristesse et la frustration.

Je suis souvent émue et j’écris régulièrement des livres pour laisser mes émotions sortir.

Je maîtrise mieux mon hypersensibilité parce que j’ai mis un mot dessus, en revanche elle est de plus en plus forte avec les années et les expériences. Mais je l’aime, cette partie de moi n’est pas à vendre.

Concernant le haut potentiel c’est en suspens dans ma tête. Je passe les tests prochainement, après 5 psychologues qui m’ont déposé ce terme dans la tête, il est grand temps que je sache si oui ou non je le suis.

Un Haut Potentiel peut être hypersensible, mais pas toujours ! Alors pour le moment j’avance en étant qui je suis, toujours dans mon monde qui n’appartient qu’à moi.

Angélique Rolland

salon du livre virtuel À PLUMES D’ELLES du fantastique et de la fantasy

IMPORTANT🌌🌠

Bonjour à toutes et à tous. 😊
Clôturons l’année avec un dernier salon du livre virtuel sur une période aux histoires magiques et envoûtantes.
Celui-ci ouvrira sa page aux auteures et auteurs de fantastique et de fantasy: Roman ou BD.
Faites-nous découvrir votre monde imaginaire.
Il aura lieu du 27 octobre au 31 octobre.

Modalités d’inscription:
-Nous accueillerons 60 auteur(e)s
-Un stand par auteur(e)
-Contactez-nous sur le messenger à plumes d’elles en vous présentant ainsi que le livre qui sera mis en avant et quelques photos.

  • bonne humeur et envie de partager

Évidemment, des live seront prévus😉

N’hésitez pas à créer des jeux et des concours pour vos lecteurs.

Nous inviterons, une nouvelle fois, des chroniqueurs.

À très bientôt pour cette nouvelle aventure fantastique.

Clôture des inscriptions: samedi 20 octobre.
Ainsi, nous pourrons vous présenter à de nombreux groupes sur des affiches originales.😉

Laetitia, Elodie et Cécile.

Christophe Cazenove ou l’homme qui croque le monde des enfants

                                  Les mots de la bande-dessinée

En quelques mots de son enfance à aujourd’hui…

Loin d’une coquetterie inutile, Christophe Cazenove avoue son bel âge presque avancé de 51 ans lorsqu’on lui demande de se présenter. Celui où l’on entre dans la catégorie des séniors mais où il est encore possible de mâchouiller des malabars car on a toujours toutes ses dents.

Simplicité abordable et non feinte sont les mots qui nous viennent à l’esprit en le croisant, non par hasard, à une séance de dédicace pour la BD Les Sisters et Les Petits Mythos. Le cynisme ne passera pas par cet auteur à succès.

« Pour moi, le meilleur moyen de garder les pieds sur Terre est de ne jamais perdre de vue l’essentiel, le lecteur (…) car si j’arrive à vivre de mon travail c’est bien grâce à lui. »

Arrivé sur notre planète directement à Martigues (avec des histoires et des couleurs dans son bagage ?), il se plonge dans la lecture enfantine et magique de sa maman : le journal de Mickey. Les bande-dessinées ne seront pas loin de son regard. Lucky Luke, Boule et Bill, Les petits hommes… et tant d’autres œuvres littéraires rencontrées durant notre enfance.

Il est sage, naïf. Il vit dans un univers entouré de livres et de jeux qu’il crée sans se faire trop de copains. Sa timidité rêveuse se fera plus discrète afin qu’un lien se tisse avec ses lecteurs. « Je peux m’adresser aux autres avec un masque social d’auteur de BD. »

Le masque est peut-être efficace mais il ne cache pas cette douceur et cette gentillesse avec lesquelles il aborde de jeunes fans (ou moins jeunes) parfois eux-mêmes intimidés. Il prend le temps de les écouter et de leur répondre.

Enfant, il tente de comprendre ce mystère de réussir à « raconter une histoire grâce à de simples dessins. »

Adulte, il sera celui qui créera ce mystère et deviendra alors un raconteur d’histoires à bulles.

Il dessinouille comme il dit mais il écrit surtout. Il scénarise. Il joue avec l’enfance tout en comprenant le sérieux de leur univers. Qui ça ? Ceux qui créent des règles incompréhensibles et s’embellissent la vie. Ceux qui ne rient pas alors que nous le ferions.

Ces petits êtres qui comprennent bien mieux que nous où l’on va mais surtout où l’on ne devrait pas aller. Les biens nommés : les enfants.

Il se raconte un peu au détour, d’une phrase, on apprend qu’il s’était fixé un délai pour faire taire son souhait d’être publié. Il a l’audace et le courage de combattre cette rigidité et peut-être ce découragement pour écouter juste un message sur son répondeur. OUF ! Le destin a décidé autre chose pour lui. La maison d’édition BAMBOO s’intéresse à lui. Il quitte les rayons froids pour les crayons chauds.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Cazenove

Dis Christophe, écrire des BD, c’est sérieux ou c’est pas sérieux ?

(la question qui fâche)

Y’a une dame là qui s’appelle Natacha Polony et la dame, elle a dit que l’on ne pouvait pas entrer dans la lecture par la bande-dessinée. Cela ne créerait pas d’images mentales et ne permettrait pas une culture littéraire.

Donc, je pars du postulat que, selon cette dame, la bande-dessinée n’est pas de la littérature. Alors qu’est-ce donc ?

Une bande-dessinée n’est pas un livre » article de Thierry Groesteen du blog neuf et demi http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article289

Ça a bien une couverture, un quatrième de couverture et des pages reliées. Y’a des images, certes mais y’a aussi des mots.

Et, un livre de Haïkus, est-ce de la littérature ? Des mots, des dessins. Tout presque pareil.

Pourtant, le premier pas d’un enfant dans la lecture est jonché d’images et non de mots.

Que penseraient donc Man Ray et Paul Eluard de leur livre « Les mains libres » ? Poésies et dessins s’y côtoient.

J’dis ça, j’dis rien.

Christophe Cazenove ne se moque pas de l’enfance ou de l’adolescence. Il l’observe. Il s’en inspire. Il a compris que les enfants sont des êtres sérieux. Il m’apprend aussi que ces petits ont un souci pointilleux, au cordeau, du détail dans le dessin. Ils remarquent l’assiette non mangée. La tasse toujours pleine. Et cela tout en comprenant le second degré de l’histoire.

Ils captent le fil rouge entre la bulle et le dessin.

Il est, comme nombre d’auteurs en littérature, « un adulte qui n’est rien d’autre qu’un enfant plus âgé que les autres. »

Je me suis intéressée à l’entrée dans la lecture des enfants. Natacha Polony, que l’on ne présente pas, la dame aux cheveux oranges soulève deux points : la BD n’est pas de la littérature et la BD rend l’entrée dans la lecture médiocre voire peut abêtir les enfants.

Grâce à une amie éducatrice spécialisée auprès de jeunes enfants handicapés psychiquement, je lis et tente de déchiffrer un article sur la symbolisation mentale. « De la symbolisation primaire à la symbolisation secondaire » Bernard Golse, cairn.info.

Je comprends que la présence et l’absence de l’objet ont une importance dans l’apprentissage notamment dans les premières années. En fait, c’est l’atmosphère émotionnelle de la rencontre qui produit une inscription psychique.

Si la découverte ou l’apprentissage se font dans un moment d’anxiété ou sans interaction, la symbolisation ne se fera pas correctement.

L’apprentissage des mots passent par l’image et ensuite par le mot. L’enfant aura fait un lien entre ce qu’il a connu et rangé dans un tiroir de sa jolie tête grâce à ce qu’il aura vu, touché, goûté etc…

Madame Polony, cela n’empêchera pas d’apprécier de grands auteurs français comme Victor Hugo ou Fedor Dostoievski (je parle pour moi qui fut d’une lenteur d’apprentissage exceptionnelle).

Et si la question était plutôt : Pourquoi ne réussit-on pas à transporter un enfant à travers les histoires des Rougon-Macquart ou de Madame Bovary ?

Peut-être parce que nous en faisons une étude de cas, de texte et non une aventure, une vision de la vie d’autres ou même de tenter de créer un lien entre l’histoire et le lecteur.

C’est finalement ce que réussissent Christophe Cazenove et les dessinateurs qui l’accompagnent.

Le décor est déjà posé. On me le représente mais en-dehors de la bulle, il y a le reste à imaginer. Ce chemin qui ne se poursuit pas. Cette discussion qui ne semble pas terminée.

Comment le personnage va se sortir d’une situation embarrassante ?

Vont-ils se revoir ?

Comme dans un livre sans images.

Il nous faut enfin sortir de l’élitisme littéraire à la française.

J’ai appris à lire grâce à Marcel Pagnol. J’ai appris à aimer les questions grâce à Mafalda et à accepter avec elle, l’absurdité de l’humanité. J’ai appris à rire de l’adulte avec Calvin et Hobbes.

Comme disait Jean Cocteau « Un général ne se rend jamais, même à l’évidence ». Dommage. Vous fermez une porte aux enfants. Celle de la première mentalisation.

La BD, lors de salons du livre, n’est pas toujours mise au premier plan. Nous leur préférons les grands noms de la littérature actuelle à ce qui nous fait du bien rapidement.

Allez flâner dans les librairies et comptez le nombre d’adultes dans ce rayon. La BD est ouverte à tout type d’écriture. Elle ne cloisonne pas.

Il en faut bien du talent pour réussir à intéresser en se permettant d’apporter un univers déjà peint. Et puis, zut, si cela détourne aussi de cet écran plat qui appauvrit l’imaginaire, peu importe le support, non ?

La naissance d’une BD

Il était une fois une discussion entre un scénariste et un dessinateur (ou entre lui et lui-même).

Il y a l’histoire d’abord puis le dessin. Le scénario voyage du scénariste au dessinateur. Il traverse ce pont à de multiples reprises.

« Je n’attends pas d’un dessinateur qu’il illustre simplement l’histoire mais qu’il lui donne corps, qu’il lui insuffle la vie, du rythme… »

C’est ce travail d’équipe qui permet à l’histoire de s’incarner. Le scénario est un squelette à réveiller. Le scénariste interpelle le dessinateur et ce dessinateur rend vivant ce squelette.

Christophe Cazenove m’apprend ce qu’est l’encrage : ce moment où le dessinateur passe du crayonnage à l’encre. Le trait est alors définitif.

D’autres professionnels ont une importance dans cette création. Le coloriste. L’imprimeur. L’éditeur.

Coloriste ? c’est-à-dire ? « La couleur, ce n’est pas juste mettre du rouge ici et du bleu là-bas, il s’agit de créer des ambiances afin de renforcer l’immersion du lecteur dans les pages dessinées. »

Un lien qui aboutit à une œuvre que l’on veut lire après 6 à 8 mois de travail en moyenne. Tout pareil qu’un livre sans images.

Car le travail est réel. C’est sérieux la construction d’une BD. Il y a aussi ce qui se déroule entre la première case et la dernière case. L’habillage avec les jeux de mots. Ecrire pour celui qui va dessiner. Se creuser la tête pour le faire rire. Et surtout, oui surtout, écouter ce qui se trame autour de soi afin de s’en inspirer.

Et donc, ne jamais perdre le fil avec l’imaginaire des enfants. Leur monde tourne vite. Il change et se transforme en en éclair.

Bamboo, la maison d’édition de Christophe Cazenove est fondée par Olivier Sulpice en 1997. L’idée germe en 1991 suite à sa rencontre avec le dessinateur Henri Jenfèvre. Ils se lient d’amitié et se lancent ensemble dans la publicité en proposant des illustrations.

Ils prennent le temps. Ils se font connaître, alimentent leur réseau.

Cette maison d’édition est le rêve d’un ado qui lit Franquin et Gotlib, qui aime fluide glacial et le potache. Il n’apprend pas sur les bancs de l’école mais par des rencontres.

La BD d’humour est leur sceau principal mais Olivier Sulpice balaiera le spectre de la BD avec d’autres collections comme la fantasy, le manga, le réaliste.

Des BD à la réalisation de dessins-animés. Des BD aux produits dérivés. Des BD au cinéma.

La maison d’édition assoit une place mais sait garder ses auteurs. Elle les suit. Elle échange. Elle les défend et défend leur création. Ce basique d’un travail d’éditeur qui manque à certaines maisons d’édition ou même l’auteur est un produit.

Cela ne semble pas la ligne directrice de Bamboo.

Les BD de cet enfant scénariste

Je me suis présentée à lui, moi-même, quelque peu intimidée mais avec cette promesse faite à une Emma de 9 ans. Oui, j’irais faire dédicacer ta Sisters.

Voilà, c’est fait.

Il ne le sait pas mais il lui a offert un petit bonheur. Alors, évidemment, Emma est une enfant. Elle est passée à autre chose en deux minutes chrono.

Mais, elle passe parfois derrière moi et lit ce que j’écris des fois que « t’écrives n’importe quoi » sur les Sisters.

Christophe Cazenove, c’est aussi Les Petits Mythos, du Boule et Bill, Les gendarmes, les pompiers, foot maniacs, Mes cops, Les amies de papier, Les insectes en BD, Tizombi… et il ne s’arrêtera sûrement pas à celles citées car il y en d’autres passées et à venir.

https://www.bamboo.fr/scenariste-christophe-cazenove-18.html

Le mot de la fin aux enfants

« heu que j’adore vos histoires. J’espère que le dernier tome va sortir vite. »

« c’est drôle quand Marine comprend pas quelque chose et qu’elle fait autre chose à la place. »

« c’est tout, j’arrive spaghettis Lili »

Ha si, lorsque vous croiserez Christophe Cazenove, n’hésitez pas à lui offrir du chocolat mais pas sûr alors qu’il soit encore à votre écoute alors…à vos risques et périls 🙂

                                                                            Laetitia CAVAGNI

                                                                            Poétesse et écrivaine

« Brillante, une jument pour deux destins », d’Arnaud Dangoisse, ou l’histoire d’une amitié hors du commun.

Arnaud nous présente son roman « Brillante », tome 1

Présentation de l’auteur :

Arnaud Dangoisse est un auteur aussi sensible qu’atypique. Passionné de lecture et d’écriture, il est également un coureur infatigable. Il a à son actif plusieurs trails et marathons, dans lesquels il a pu observer de magnifiques paysages, si chers à son équilibre. Son attachement profond pour les chevaux est né grâce à sa fille Élodie, qui a préfacé son roman Brillante. En papa attentif, il l’a en effet très souvent accompagnée dans les différents clubs où elle a appris l’équitation et ce, depuis sa plus tendre enfance. Il a pu ainsi côtoyer ce milieu dans les différentes disciplines, et appréhender la relation unique qui se noue entre un cheval et son cavalier ou sa cavalière.


Arnaud est aussi un homme en quête de réponses et empli de questionnements existentiels. Nous pouvons citer dans les auteurs qui l’ont marqué et continuent de le faire, comme N D Walsh (conversation avec Dieu), mais également Eckart Tollé, Mathieu Ricard ou Laurent Gounelle.

Arnaud a vécu 2 ans au Rwanda, avant le génocide des Tutsi 1994. Cette période de sa vie a donné lieu à l’écriture de deux romans, un pour enfant « Mathieu et l’enfant du Rwanda » chez L’Harmattan et « Butaré, Boite Postale 315 », un récit épistolaire relatant d’une manière romancée son expérience africaine, qui l’a tellement marqué qu’elle reste gravée en lui au plus profond de son être.

Arnaud est un homme d’une gentillesse sans pareille, sensible, en quête de spiritualité et de communion avec la nature. Lorsqu’il m’a fait part de l’écriture de son roman sur les chevaux, j’ai été impatiente de tenir celui-ci dans mes mains. Dès sa sortie, je me suis précipitée en librairie pour en obtenir un exemplaire.

Présentation de l’oeuvre :

« Brillante, une jument pour deux destins », est le premier tome d’une histoire qui se déroule dans le milieu parfois sans concessions du monde équin. Aimant passionnément cet animal aussi noble qu’intelligent et sensible, j’ai plongé dans sa lecture avec beaucoup de plaisir.

Nous y découvrons la relation de Marie, jeune fille de 17 ans, cavalière lycéenne, avec une jument indomptable, Brillante. Nous ressentons immédiatement une empathie pour cette jument malmenée, qui n’aime pas être dominée par les hommes et préfère infiniment sa liberté et son indépendance. Refusant d’être montée, elle est laissée livrée à elle-même dans un champ, sous-alimentée et rejetée tant par les hommes que par les autres chevaux. Mais, Marie s’attache de manière presque irrationnelle à elle, et ce dès leur premier regard échangé. Nous nous attachons instantanément à Brillante, car l’auteur partage ses pensées et ses émotions, comme si nous lisions à travers elle. Beaucoup de cavaliers n’auraient même pas essayé de l’apprivoiser, et auraient laissé cette magnifique jument voué à un avenir des plus sombres. Mais c’était sans compter sur la persévérance de Marie. Avec beaucoup de patience et une dose infinie d’amour et d’affection, elles vivent une alchimie et une imprégnation forte et indestructible.

En parallèle de cette relation, nous suivons un autre destin : celui d’un jeune fugueur de 15 ans, fuyant un quotidien violent. Le hasard l’a mis sur la route d’un jockey en mal d’enfant et l’adolescent est très vite pris en charge par le couple. Il découvre ainsi le milieu équin, celui de la compétition, de la course. Il s’apaise au contact des chevaux et réapprend à vivre dans ce nouvel environnement.

L’auteur nous plonge dans ce milieu avec beaucoup de talent. Je me suis régalée à lire ce roman, ne réussissant pas à le lâcher avant le mot « à suivre ». Le style est très agréable à lire, fluide, avec un réel travail de précision sur la psychologie des personnages comme des chevaux. Il n’y a aucune longueur, tout se suit avec cohérence. Il connaît bien ce sujet et nous le démontre. La préface de sa fille est émouvante aussi.

En tant que mère, je me suis attachée à cet adolescent paumé, cachant derrière son mutisme et sa timidité une grande sensibilité et un besoin d’amour. Je me suis également attachée à Marie qui, grâce à sa patience, sa douceur et son amour, a réussi à comprendre et entrer en relation avec cette jument délaissée. Elle nous laisse ainsi entrevoir son très grand potentiel dans un des domaines de l’équitation.

De fil en aiguille, de hasards en hasards, les deux adolescents se rencontrent, et les événements s’enchaînent autour de leur passion commune. Mais le hasard existe-t-il vraiment ? Ou bien la vie nous met les bonnes personnes sur notre chemin au moment où elles doivent y être ? Cette question réside comme fil conducteur de ce premier tome.

Je recommande ce premier tome à tous ceux et celles qui aiment les chevaux, et qui souhaitent s’évader quelques heures dans ce milieu aussi méconnu que passionnant. Il fait partie de ces livres que l’on n’oublie pas, qui marquent. J’ai beaucoup appris sur les chevaux et leur grande sensibilité. L’histoire trotte dans la tête après, à la manière de la vive et intrépide Brillante. Un seul mot pour finir : vivement la suite !

Cécile Ducomte.