Archives pour la catégorie Z’arts des z’autres

Sébastien Durand Enfermé(e)s dehors avec un photographe

Sébastien Durand est un photographe dont l’œil se faufile à travers les rues et les transports des grandes villes.

Paris est principalement son aire de jeux.

Ça c’est ce que l’on dirait de commun sur lui car il est discret. C’est un pudique dont le moindre mot est un cadeau qu’il vous fait.

Il se préserve dans son silence tout autant qu’il donne beaucoup à imaginer et à observer dans ses photographies.

On pourrait le penser généreux et galant photographe. Ses photographies nous montrent un moment d’une vie, une pensée qu’il pourrait avoir alors. Tout cela se fige dans le temps, notre temps.

Nous ne pouvons nous empêcher de venir et revenir à l’image qu’il a attrapé et nous a permis de voir.

Tout me raconte une histoire.

Cette tête hors de l’eau sans corps. Ce corps dans l’eau sans tête.

Ce ventre rebondi qui ne peut se cacher derrière le porche d’un immeuble. On devine un homme. Attend t-il quelqu’un ? Une femme ? Un ami ? Un taxi ?

Cette personne au loin allongée, les bras en croix, sur une plage. Elle est seule dans l’infini du monde.

Je pourrais vous les raconter toutes tant toutes m’inspirent.

Il a un côté artistique à la Jacques Tati dans « Mon oncle ». Ce gars discret dans son grand manteau et sous un chapeau informe.

Sébastien Durand a un appareil-photographique et une cape d’invisibilité.

De l’enfant discret à l’homme caché

Il se décrit introverti dès son plus jeune âge. On le pense facilement taiseux, observant ce qui l’entoure, se nourrissant des détails que l’on gâche en envahissant l’espace par trop de mots, de mouvements.

Il se dit adulte secret s’évitant la lumière du devant de la scène mais nous la faisant découvrir à travers son œil.

« La scène, je la regarde avec mon appareil photo : il est plus disert. »

Lors du confinement, il a livré une seule photo de cet œil clair, une main et une épaule. Une main posé sur son visage et qui rappelle l’objectif d’un appareil-photographique.

Vous pourrez aussi voir sa silhouette dans l’ombre d’un autre homme dans une ram de métro quelque part à Paris.

On n’en verra jamais plus. En avons-nous besoin ?

Il nous laisse le droit de nous approprier chaque monde photographié, chaque personne capturée et de créer sa propre histoire hors champs.

De l’homme caché au photographe-conteur

il se met, négligemment, à la photographie en 2017 après avoir avoir acheté un appareil-photographique numérique lors d’un voyage à New-York.

« Je ne me serais peut-être pas lancé sans le numérique, ce droit de se tromper à volonté, d’essayer, d’effacer et de tout reprendre, sans investir massivement dans les pellicules. »

En août 2018, il expose pour la première fois au Leica Café in London. Sur les conseils d’un ami, il s’inscrit au concours Street Photograhy international. Sa photo « le passage du train » y trouvera sa place.

Sébastien Durand se qualifie de photographe de rue. Il se fait oublier pour ne pas influencer un événement ou influer sur le comportement naturel d’une personne.

Il est dehors. Le dehors se passe aussi dans les couloirs ou les rams de métro.

Cet endroit est un condensé des différentes facettes du monde qui éclatent dans des instants courts. Il se donne la peine de les regarder, de nous montrer ce qui

nous est passé à côté et que l’on a évité.

On court. On court. Sébastien Durand, lui, se pose et lance son filet à images.

Le métro et ses couloirs sont des moments de pause pour certains. On peut ressentir, malgré tout, leur agitation intérieure de grimper dans cette ram.

Les mélanges des genres sont prégnants. Ça nous saute aux yeux.

Sébastien Durand entremêle sa vue intelligente, fine de notre mouvement ou notre immobilisme à ce qui est près de nous. Il fait des liens entre une lumière, une publicité, un objet, une personne, une impression, une émotion.

Tout raconte. Tout est scène. « Il n’y a pas de beau conte sans un bon conteur ».

Son œil sait extraire ce qui fait sens, ce qui fait histoire, ce qui est pour retranscrire tout ça dans un cadre contraint où les lignes imaginaires sont imposées. Ce cadre oriente la lecture de l’image. Au photographe, donc, de guider cette lecture.

Même si son intime est préservé par sa pudeur, il transmet un ressenti profond. Il démontre que l’on peut créer sans se déposséder.

Le photographe enfermé dehors

La photographie de rue se pratique dans de nombreux espaces publics et pas seulement strictement dans la rue. C’est tout ce qui est un lieu public. Les transports, les marchés, les musées, nos rues…

Elle n’est pas préparée ou fabriquée. Elle est spontanée et se décide dans l’instant.

L’appareil-photo, lui, est le moyen d’être attentif à l’autre.

Elle raconte l’humanité en un instant précis. Un moment où l’autre est évaporé dans ce qui l’entoure. Il devient un lien à autre chose sans même s’en apercevoir.

Un cliché pris dans une ville inconnue vous fait déjà voyager dans celle-ci. Le photographe partage ce qu’il voit.

Son rôle est de nous pousser à sortir du cadre de ce qu’il donne à voir. Et s’il y arrive, on peut le qualifier de talentueux. Sébastien Durand est un photographe talentueux.

À moi, l’écrivaine, il me dit combien l’humain reste aimable malgré toute la laideur dont il fait preuve de plus en plus souvent. Il m’offre la poésie derrière un instant et j’ai d’attraper mon stylo, mon cahier. Écrire. Écrire pour raconter ce qu’il me laisse voir du monde.

Il me rappelle combien j’aime cette ville aussi sale que sublime : Paris. Tous ces mots que je jette dans ma valise lorsque j’en reviens.

Et pourtant, parfois, il n’ose pas ou se laisse dépasser par le temps. La photo lui échappe. Une contrainte du photographe de rue.

« Tant d’instants pris par un regard, mais qui se sont échappés avant que je ne prenne une photographie ! Pas d’appareil, pas le temps, scène trop lointaine, lumière qui s’évanouit trop vite, manque d’audace pour prendre une personne en gros plan. »

Et, comme il me l’explique, l’histoire se raconte en une case dans laquelle tous les éléments doivent être présents au même moment. L’instant passe si vite.

Et son après…

Des expositions en suspend qui se reprogramme aux compte-gouttes avec le collectif Regards Croisés à Paris en fin d’année 2021 et l’exposition Street Sans Frontières en mai 2022.

Une exposition plus personnelle autour de sa photographie dans le métro. En cours de préparation ? Nous vous le dirons.

• Festival de Street Photography du Collectif Regards Croisés (2022, Paris)
https://www.collectifregardscroises.org/

• Exhibition Street sans frontières (Mai 2022, Galerie Joseph, Paris Turenne)
https://www.streetsansfrontieres.com/

• Collective book « Tales of unwritten » (Exhibit Around), with Street Photography collectives iN-PUBLiC, VoidTokyo, Women Street Photographers, BULB Photos, Un-posed and Observe Collective.


Des photos, des photos, toujours des photos.

Une dernière question et je vous laisse en paix. Et vous ? Qui êtes-vous dans le métro ?

Je suis le gars avec son appareil-photo ! Comme tous les voyageurs, je dois avoir mes expressions, mes histoires qui transparaissent à travers une posture… Difficile de se juger de l’intérieur. Peut-être que j’aurais cette chance à mon tour d’être le photographe photographié.

Il y aurait encore tant à questionner de son regard mais je vais faire comme ce magnifique photographe : me taire et vous laisser découvrir.

https://www.facebook.com/sebastien.durand.98434997

https://www.instagram.com/durandsebast/

Laetitia Cavagni

écrivaine et poétesse

STEPHANE PELLENNEC

De la photographie poétique à la délicatesse de l’estampe japonais

Stéphane Pellennec est-il un Homme comme tous les Hommes ? Non, il est pudique, simple et honnête.

À sa naissance, il semble s’être ancré à la Terre ainsi qu’à tout ce qui la constitue. Cela a forgé son regard poétique et délicat sur celle-ci et sur nous.

Je l’ai découvert à travers des paysages naturels et frappant de grandeur. Passionnément oxygénant. Oui, c’est possible de respirer à travers une photographie.

J’ai en mémoire la dernière vue sur sa page Facebook. Du Blanc et encore du blanc. La neige. Quelques branches fines à peine feuillues. Des branches endormies en plein hiver finlandais. Voilà l’estampe japonaise.

Sa photographie pose un jolie voile sur mes pupilles et lorsque je suis là, au milieu de ces immeubles, en manque de nature, elle a le droit de m’envahir.

Stéphane Pellennec a ce don de vous faire respirer sans le vouloir en toute pudeur.

Il touche à notre intime profond. Il nous donne du beau. Il nous l’offre même comme si nous étions celle ou celui qui capturions ce moment de grâce pas à travers son appareil photo mais à travers nos yeux.

Et si je vous le racontais légèrement ?

Il est né en 1971 à Brest. La Bretagne et ses contes mystérieux. Ces mystères qui ont forgé sa sensibilité et sa capacité à voir ce qui nous échappe ou ce que l’on maltraite. Il ne se sert pas de la nature. Il la caresse. Il se fond en elle. Ses photographies en sont le témoignage flagrant de ce respect qu’il a pour elle.

La liberté du jazz lui apprend à être attentif aux énergies qui circulent et s’entremêlent autour de lui.

Embarqué par son père au cabaret Vauban de Brest où ils écoutaient ce jazz improvisé le faisant voyager à travers le monde. Il observait alors les visages des musiciens et dans sa tête déjà, les photographies naissaient.

L’inspiration avait planté une graine discrète.

Il y a sa rencontre avec un photographe lors de son service militaire qui lui permet enfin d’affirmer sa photographie jusqu’à avoir son matériel, un appareil réflex argentique manuel sur lequel il fera ses premières armes si j’ose l’écrire ainsi.

Il observe. Il écoute. Il est attentif mais refuse tout influence qui n’est musical ni poétique. Il se libère de l’image de l’autre pour nous offrir la sienne.

Stéphane Pellennec est un artiste qui expose. Sa toute première exposition se passe en Iran en 2010. Puis, la Finlande, la France, le Pays de Galles. Notre photographe voyageur est freiné par la COVID mais ce n’est qu’une question de temps…

je le croyais avant tout photographe de grands espaces et il m’étonne en me parlant de ses portraits. Ceux pris au Zimbabwe des gens ordinaires. Ceux des musiciens et des poètes qu’ils capturent lorsqu’ils sont eux-mêmes happés par leur propre art.

Et lui. Il se photographie pour montrer ce qui l’anime dans cette nature si douce et puissante à la fois. Se confronte t-il alors aux éléments ?

Il reviendra malgré tout aux images du monde par peur d’enfermer les gens dans un cadre fixe sans mouvement. Il a cette délicatesse humaine et artistique qui lui font craindre de limiter les modèles dans sa propre vision et non pas dans ce qu’ils sont réellement.

Stéphane Pellennec nous transmets ce qu’il trouve dans la nature. Le calme, l’air et l’harmonie. Il nous transmet sa sérénité et son pas. Pour photographier, il faut avancer. Il lui faut être ce que nous avons tous été. Des marcheurs.

À un jeune photographe, il donnerait ce conseil. Un appareil-photo à la fonction manuelle en gardant le choix et la liberté. Oui, toujours être libre d’accueillir ce moment, cette lumière. Ce millième de seconde ou ces mois nécessaires à la création dans tout art et si précieusement à la photographie.

Je finirais par ses paroles.

« Ma famille a été mon premier modèle et puis aussi un support permanent. J’en profite pour remercier d’ailleurs ma femme pour sa patience, lorsque lors de nos promenades je pars dans une vague photographique. »

Je la remercie aussi cette précieuse compagne.

Stéphane Pellennec et le don précieux de l’harmonie, d’une photographie à la grâce de l’estampe japonaise.

Laetitia CAVAGNI

auteure et poétesse

adresse de son site web: http://www.aarettomyys.eu/