Archives pour la catégorie Société d’hier et d’aujourd’hui

JE FAIS QUOI DE MON CORPS?

Le choix ? Est-il à moi ?

Il est compliqué ce corps qui ne nous appartient pas. On nous l’offre à la naissance sans que l’on n’ait demandé à se l’approprier et on ne nous laisse guère le choix de l’accepter ou non. C’est ainsi. On le prend tel qu’il est et puis, soi-disant, en ayant le choix de le façonner à notre convenance et de l’utiliser comme bon nous semble.

Mais qu’il est compliqué ce corps qui ne nous appartient pas.

J’ai appris qu’il s’adaptait à ce qu’il vivait, imposé ou non. Un exemple ? Les maltraitances répétées le font s’éloigner de son ressenti pour survivre et tenter de ne pas mourir. Le principe de sidération.

Alors, ensuite, il devient si difficile de supporter, de ressentir le trop même lorsqu’il s’agit de plaisir, de jouissance.

Un voile s’est posé et s’est collé à ce corps si compliqué. Les pores sont vêtues de l’insensibilité non choisie.

Je ne sais pas répondre à cette question. Nous appartient-il ?

Ce même corps est aussi le mien qui délimite mon « intérieur » de l’extérieur du monde, celui qui est le lieu et la condition de mon existence dans le monde, constitutif de ma personne. Je suis un corps-sujet.

 En ce sens mon corps est avant tout un corps vivant, il est moi-même en tant qu’être charnel et mortel. Avons-nous un corps ou sommes-nous un corps ?

Je n’ai conscience de mon corps que dans la maladie car il se rappelle à moi. Mais…

Mais, j’écoute ce podcast intéressant sur France Radio « Diamant sur canapé ». Une femme raconte sa vie d’escort girl de luxe. Elle dit comment elle a décidé de se servir du désir et de la passion masculine à son encontre pour faire vivre sa famille. Son père est inexistant. Il s’est tiré. L’homme n’est plus sauf dans son portefeuille.

Elle dit « je suis l’hom… ». Elle se reprend « je suis la chargée de famille ».

Elle joue avec les mots sans ne jamais avouer clairement ses passages à l’acte sexuel. Elle finit par les accepter ces relations sans envie sauf celle du billet de couleur rose.

Avec le temps, elle se marie à un homme qu’elle n’aime pas mais qui a le bifton dépassant de tous ses tiroirs. Il est gentil. Il la traite comme elle sait qu’on doit la traiter. Après tout ?

Alors, moi, là encore, naïvement, je me demande il lui appartient réellement ce corps ? Elle semble faire le choix de l’offrir à qui elle le souhaite mais vérifie le billet d’abord. S’est-elle demandée si, puisque sans diplômes, elle préférait user de sa beauté et de sa jeunesse et flétrir cette vie, aigrie dans un métier précaire à temps partiel ?

Mais, je peux le rappeler à moi et à l’autre parce qu’il est mon objet, mon utilisation.

Qui est ce corps ?

Je comprend qu’en philosophie classique et dans la religion chrétienne se rapprochant de cette pensée, le corps et l’âme sont distinct l’un de l’autre. L’âme prime sur le corps qui n’est alors qu’une enveloppe. Une enveloppe. Quelle étrange manière de parler de soi. Nous timbrons-nous avant de nous présenter à l’autre ? Avec ou sans accusé de réception ?

Mais, je digresse.

Donc, plus une chose est immuable voire immobile et plus elle a de valeur et de fiabilité. Ce qui est fiable est réel. L’âme est enchaînée au corps.

Ce qui n’est pas le cas de notre corps, encore une fois selon la philosophie classique de Platon et Saint-Augustin.

Heureusement après ces étranges idées survient (sans cape rouge ni culotte bleue) le nihiliste Nietzsche.

Selon Nietzsche, c’est tout le contraire : le corps est plus réel que l’âme.  Le corps n’est pas responsable de la mauvaise interprétation que l’on fait de la réalité : si nous faisons une erreur de jugement sur le réel c’est au contraire l’âme qui est à blâmer. Lorsque l’âme interprète le réel, c’est-à-dire lorsqu’elle insère uneconstance, de la régularité, elle trahit le réel : elle ajoute des éléments que la réalité ne possède pas.

La réalité devient inconstante et irrégulière. L’âme l’interprète à sa sauce finalement.

Une parenthèse : ce que l’on nommait l’âme, je vais le nommer esprit. Non, pas de OUI-JA, peut-être des vues de l’esprit.

Nos sens qui pourraient nous donner une réalité de la réalité sont trahis par l’interprétation de l’esprit alors que l’esprit n’est qu’un élément finalement du corps.

« Corps suis tout entier, et rien d’autre, et âme n’est qu’un mot pour désigner quelque chose dans le corps.”

Ainsi parlait Zarathoustra

Comment expliquer que toutes ces choses comme la “raison”, la conscience, l’esprit, la pensée, l’intelligence, etc., qui habituellement sont rangés dans la catégorie “âme” appartiennent ainsi au corps ? La réponse que nous apporte Nietzsche est la suivante : puisque l’homme n’est fait que d’instincts et de volontés – le plus souvent inconscients – tout ces phénomènes que l’on nomme “raison, esprit, conscience, etc.” ne sont que des manifestations du corps.

Le corps, n’étant fait que de désirs, pulsions, instincts et volontés inconscientes, conduit et dirige toutes nos pensées : celles-ci ne sont que le produit de pulsions organiques. Il n’y a pas d’âme autonome du corps : toutes nos pensées ne sont que le produit de nos instincts, les serviteurs de nos instincts.

Dans la philosophie chinoise, l’Homme est énergie. Le corps et l’esprit ne font qu’un et sont traversés des énergies du monde environnant.

Le corps dans notre société d’aujourd’hui :

Lui si bien brimé et caché, est de plus en plus découvert même sans consentement.

Il semble désormais entendu qu’on ne doit pas se contenter du corps que l’on a ; il incombe à chacun de le perfectionner. Ce retour sur soi et sur son corps, a probablement un versant démocratique  (développement de l’individu et de ses valeurs, droit égal pour chacun d’avoir le corps qu’il souhaite, la nature n’est pas une fatalité et donc nul n’est condamné à ses défauts physiques), mais il est source de culpabilisation permanente. On pourrait vite retomber dans le monde des ramollos.  
Où se trouve la limite entre le corps-sujet et le corps-objet ?

Et voilà comment l’on en vient à faire des choix de vie, de survie même. Peut-être…

Oui, peut-être…

ou la vérité est-elle ailleurs ?

« on existe comme chose ou on existe comme conscience » Merleau-Ponty

Laetitia CAVAGNI

écrivaine et poétesse

C’est la fin du siècle des lumières, Vive le siècles des luminaires!

De l’éclaircissement à la lampe de poche

18ème siècle, siècle des lumières où l’on combat l’obscurantisme, la superstition. La recherche de la connaissance et de l’élévation intellectuelle prime sur le souci de l’apparence et des potins. La raison éclaire les hommes et les femmes. Les intellectuel(le)s se questionnent et questionnent leurs propres interrogations. Ils questionnent leur société.

L’Encyclopédie d’ailleurs rédigée, en grande partie, lors de ce magnifique siècle des lumières par Denis Diderot et Jean le Rond D’Alembert. Diderot sera même emprisonné quelques mois car il mettra la connaissance à la portée de chacun.

Houlala, pas bien Denis, c’est dangereux de faire ça !

Des lieux de critiques publiques se créent par l’entremise d’une société cosmopolite et d’expériences diverses.

Et puis…

21ème siècle, siècle du culte absolu de la perfection du corps et de la crasse intellectuelle.

L’ObsCUL-rantisme reprend le dessus. Sus aux Encyclopédies !

  • OK Gogole, dis-moi si je suis la plus belle.
  • Alexa, c’est quoi un dictionnaire ?

Ce siècle des lumières tentant d’enrayer l’ignorance et la bêtise. Cette bêtise empêchant le commun des mortels d’avoir une pensée propre a failli aux portes de ce nouveau siècle.

En effet, qui se targue de zieuter Le dessous des cartes ? Karambolage ?

Qui ne préfère pas un bon petit Marseillais mixé aux 10 couples parfaits ? (Veuillez excuser la pauvreté de mes exemples mais j’ai arrêté là ma recherche. Il m’a fallu subir une trépanation. J’en fais encore des cauchemars, frère.)

A quoi nourrissons-nous nos générations en cours de développement ?

  • Chipper, arrête de chipper !

Dora, arrête de te droguer.

Un juste milieu est nécessaire entre la culture et la « cultivation » de notre bêtise qui nous ramène à des moments de légèreté.

M’enfin, comme dit Gaston, si on vous demande qui était Zola, pourriez-vous répondre :

Auteur et journaliste dépeignant la société durant le second empire par sa dureté, ses exploits politiques et la vie du peuple. Celui-ci imprégnait ses romans d’une multitudes de recherches, toujours en quête d’une vérité.

Et non pas :

Zola, joueur de football italien devenu entraîneur d’hommes qui courent après une balle ronde etc etc

(Ou Kévin Zola, l’aspirateur de mon boulot mais ça c’est une autre histoire)

Je n’ai rien contre ce monsieur qui m’est inconnu mais, est-il un élément de notre culture française, de notre histoire française ?

De la lampe de poche au puits…pas de lumière

Allons plus avant dans notre réflexion. Je tiens juste à ne pas présenter mes excuses à ceux qui se sentent jugés par mes propos. Évidemment, que je juge vos choix. Je suis apeurée, effrayée, abasourdie par ces jeunes représentés dans nos médias et réseaux sociaux ne sachant toujours pas faire la différence entre ça et sa. Frère, merde !

Évidemment qu’il faut de tout pour faire un monde. D’ailleurs, ce monde en est bien la preuve qu’il y a de tout pour satisfaire chacun.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont ». Descartes commence le Discours de la méthode par le constat que nul ne se plaindra de sa bêtise.

En effet, on se plaint souvent de son manque de ressources, de beauté, de cheveux, du poids en trop mais d’un manque de connaissances ou d’intelligence, jamais. Que nenni !

Nous avons tous lu un conte (ou du moins, pour certains, vu un disney). Un seul personnage a t-il réclamé plus d’intelligence voire de sagesse ?

La bêtise est, de toute façon, toujours le défaut d’un autre et non le sien. D’ailleurs, puis-je être idiote seule ? Ais-je besoin de la reconnaissance de mes pairs pour m’identifier bête ?

On n’imagine pas la bêtise durer indéfiniment et pourtant…

On peut reconnaître ceci à chacun, le niveau social et d’études ne nous protège pas de la bêtise. Cela arrive. Mais, il y a celle que l’on fait et celle dans laquelle on s’englue par des certitudes absurdes et une irrépressible envie de réussir sa vie le plus vite possible par tous les réseaux sociaux et médias possibles.

Si je parle fort ou si je porte un jeans déchiré, je peux être tout aussi intelligent et cultivé que le cadre supérieur faisant une faute d’orthographe par ligne dans ses mails.

Je suis un peu plus sceptique donc quant à la représentation d’une certaine tranche de notre jeune société par des Mallory et des JC aux formes plus qu’avantageuses sauf cet organe essentiel à notre survie qu’est le cerveau.

Hé, oui ! Le botox ne s’injecte pas dans celui-ci.

Le manque d’intelligence ou de jugement ne signifie pas une absence complète de ceux-ci: toute personne fait preuve de lucidité dans un contexte donné. La connaissance peut se perfectionner et donc, ainsi, l’intelligence peut s’améliorer ou du moins trouver des solutions à sa faiblesse.

Et j’en fais quoi alors de mon intelligence ?

Alors que l’intelligence est inventive, stimulée par la nouveauté qu’elle est elle-même capable de créer par ailleurs, la bêtise est stagnante, elle s’englue dans les choses. Elle est la pensée devenue mécanique. Le comique l’a parfaitement saisi ce mécanisme. Il est l’art plaqué sur le vivant.

La bêtise est à l’aise dans l’immobilisme. L’autre, le différent est une menace. Alors, elle l’agresse. D’où ces nombreux cris dans ces émissions de télé-réalité et jusqu’à ce que l’autre, cet insensé à la pensée différente, se range du côté de la bêtise.

C’est une expérience à visionner une fois dans sa vie mais juste une fois.

La bêtise réfute la singularité. Elle ne veut rien savoir des autres et du monde qui n’est pas le sien.

« On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. »

Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes

La bêtise s’enfile des tonnes de compléments alimentaires pour paraître. Elle ne muscle pas ce qui ferait sa raison mais plutôt son image.

L’individualisme est passé par là, avec ses deux pathologies grandissantes : l’égocentrisme et le narcissisme. Ne plus pouvoir s’intéresser à autre chose qu’à soi-même, ne plus pouvoir avoir d’autre objet d’amour que soi-même : voilà assurément le cadre psychique à l’intérieur duquel la bêtise actuelle peut se déployer tout à son aise.

La bêtise tient chaud à l’abri du groupe et, de plus, elle est jouissive car elle est signe de force, de toute-puissance.

Pourtant, si je regarde en-dehors de moi-même, le monde implose et même si je tente de freiner, je vais, moi aussi et malgré moi, dans le mur.

Que peut valoir l’intelligence dès lors qu’elle ne protège ni de l’inculture ni de la vulgarité, ni même, comme on l’a vu, de la bêtise ? 

La bêtise de la « prose du monde » comme disait Hegel, philosophe idéaliste, est inquiétante. Elle a la force des techniques d’armement, de surveillance et de contrôle les plus puissantes, celle des mathématiques financières.

La Bêtise, avec intelligence ou non, nous mène au jugement définitif.

« A l’école, Charlemagne, Charles de Gaulle, tous les Charles…ça ne m’intéressait pas. »

Nabila

Laetitia CAVAGNI

écrivaine et poétesse

Messieurs, à vos Pénis

Profondément féminin et féministe dans notre choix

Mais elle est comment ?

Ils en ont une petite, une longue, une rondouillette, une fine, une qui sort de son chapeau et une qui n’a jamais eu de bob sur le cailloux…etc etc

Ils en ont des rosées, des rougeâtres, des blanches, des noires, des pâles, des bronzées…etc etc

Parfois, on les cherche encore et parfois, on les a tellement bien trouvées qu’on peine encore à s’asseoir.

Il y a celle qui tire à blanc, celle qui vire à gauche ou plutôt extrême droite.

Il y a celle qui se dresse au moindre cul qui passe. Celle qui a le temps et ne veut pas qu’on la brusque.

Il y a les chevelus presque beatnik (peace & poils) et les lisses comme des lacs.

« t’aimer sur les bords du lac

ton cœur sur mon corps qui respire »

Julien Doré Le lac

La liste peut s’allonger de multiples exemples et descriptions.

Elle est une fierté, un axe centrale de la virilité. Un truc qui fait que le gars roule des mécaniques bien moulées dans son petit maillot de bain fleuri sur la plage ou à la piscine. Toutes, absolument toutes, nous avons eu ce fou rire face à ce maître-nageur qui laisse tout paraître, y compris son ridicule. Vrai fou rire ou envie cachée ?

Vous savez celui qui vous montre l’exercice d’aqua-gym en-dehors de l’eau. Exercice dont vous vous foutez royalement soit parce que, comme des collégiennes, vous riez soit parce que trop occupées à lorgner sur l’axe centrale du maillot de bain.

Le dit soldat est tellement serré dans ce bout de tissu qu’on a du mal à évaluer sa réalité de notre imaginaire.

Parfois, le torse crevette ne laisse pas présager du pénis à la Rocco.

Parfois,le Hulk à la chemise qui l’étouffe nous laisse sur notre faim et, malheureusement, pas pantoise.

Que d’injustices face à vos pénis. Nous jetons un œil à la pointure de votre chaussure par une habitude mythologique.

Nous le pensons si bien pourvu sous un uniforme rouge ou bleu-marine voire une blouse blanche. Laissez-nous rêver de docteur Mamour et de Sam le pompier (ben quoi?).

Mais, toutes nos représentations ne sont que des représentations.

Un costard-cravate, bien sous tout rapport, propre sur lui, à la messe le dimanche, la mèche toujours bien placée est un discret qui préfère nous ignorer pour mieux nous rendre curieuse. On le croit frileux. Il vous met à genoux et peut vous casser les pâtes arrières en moins de deux secondes. Et même que vous en redemandez, nom de Dieu !

Le maillot du maître-nageur ne vaut pas forcément le costard-cravate. Regardez bien, mesdames et mesdemoiselles. Ce pantalon fluide caressant l’objet de certaines convoitises.

On s’égare. On s’égare.

« Pénis : un instrument des plus capricieux, sur qui l’on ne peut guère compter, encombrant lorsqu’il ne sert à rien, absent quand on en aurait besoin, partageant rarement les idées de son propriétaires, bref une source de contrariétés sinon de tracas. »

Jean Dutourd, académicien, écrivain

Et la taille dans tout ça ?

Alors, nous devons évidemment nous poser cette question essentielle : la taille compte t-elle ?

Pfff ! allez, les menteuses ! Soyez honnêtes !

Nous repensons à cette amie qui nous avoue avoir déjà demandé si la pénétration avait débuté et celle qui se met un doigt (mais juste un doigt, d’abord) pour ressentir quelque chose.

Bien sûr qu’un énorme pénis mal employé nous maltraitera plus qu’il nous fera plaisir. Il nous faut un juste milieu mais pas entre 5 centimètres et 10 centimètres.

Je reste dans le politiquement correct parce qu’entre 10 centimètres et 13 centimètres, on peut s’ennuyer,non ?

STOP ! On vous arrête ! Nous ne sommes pas des chiennes en chaleur qui quémandons la queue de Rocco.

À quoi bon un pénis si celui-ci ne nous propose rien ?

Houlala ! J’entends déjà ces messieurs m’expliquer combien nous avons tort. Nous tenons à vous rappeler que c’est vous qui nous la mettez mais nous qui l’accueillons (homosexuels inclus).

Nous pouvons donc juger de ses effets sur notre corps.

Alors, quel est le juste milieu ? Chacune avons une réponse qui diffère en fonction de son envie, son fantasme, de ce qu’elle en fait ou non.

Il serait bon que nos partenaires nous le demande enfin. Après tout, messieurs, vous gênez-vous pour évoquer, de long en large, en travers, en taille et en grosseur, combien telle ou telle poitrine vous sied plus qu’une autre.

Et si nous, en la voyant votre queue, et ce, malgré quelques sentiments amoureux, on se disait que finalement, on n’en n’a pas envie ?

Parce que des petites, des grosses, des longues, des fines..etc, on en a vu et pas qu’un peu. On les a vues et même senties.

Le corps de la femme est perpétuellement jugé surtout l’âge avançant. Il ne s’épanouit pas avec le temps comme un homme. On le flétrit et on le remplace par plus ferme, plus jeune.

On plaisante sur le sein qui va tombant, le sein qui va rampant.

Osons-nous nous moquer de vos queues qui se ramollissent, se rabougrissent et finissent par être presque invisibles ?

Mais, elle veut quoi la femme aujourd’hui ?

Elle veut qu’on lui laisse affirmer son choix et que l’on cesse de la confondre avec la mère Thérésa des queues. Non, elle ne les veut pas toutes. Non, elle ne les acceptera pas toutes.

Ne soyez pas vexés si nous vous refusons notre accès.

« Allez, tu vas changer d’avis en la goûtant. »

Ha bon ! Et vous, vous avez changez d’avis en bouffant des tripes de porc sauce au roquefort ?

Elle a ses propres goûts même pour cet instrument qui vous appartient.

Avant de vous plaindre de la simulation orgasmique, laissez-nous donc nous donnez notre avis.

« Je ne choisis pas des amants mais des femmes avec un pénis. »

Sharon Stone

Laetitia CAVAGNI

poétesse et écrivaine

post scriptum pour les haineux : pas du tout en manque, mon gars. Tout va bien pour moi. Nous pouvons encore rire de tout, bordel.

SOMMES-NOUS TOUS LES ENFANTS DE NARCISSE ?

Dans un article du journal Le Monde datant de 2005, la question de l’apparence s’imposait déjà comme la façon de se différencier et de satisfaire son narcissisme.

Les sociologues partaient du postulat que la fin d’une vision utopique du monde laissait sa place à l’individualisme.

«L’amour de soi passe chez tout le monde avant l’amour du prochain », Euridipe.

Le corps est un accessoire à modeler non pas, en premier lieu, pour une meilleure santé mais une meilleure image de soi à renvoyer à l’autre.

De soi à soi et de soi pour se montrer à l’autre.

Dis-moi que je suis beau et je m’intéresserai à toi.

Transformer son corps, le maîtriser par la chirurgie voire une pratique sportive intense presque pathologique et une alimentation dans laquelle le plaisir a quitté l’assiette.

La liberté du corps mise à nue et portée aux nues depuis les années 60 pose la question des nouvelles préoccupations de notre société.

Celles-ci deviennent individuelles et créent une économie florissante. « Serions-nous tous les enfants de Narcisse amoureux de notre image ? »

L’exposition de plus en plus prépondérante efface la frontière entre le public et l’intime. Le corps est alors un produit d’un côté mais aussi une façon de s’exprimer, d’exprimer sa personnalité et même son appartenance à un groupe.

On se pense à l’abri du regard jugeant de l’autre tout en cherchant, malgré nous, son assentiment.

Cette perpétuelle préoccupation de soi touche des générations de plus en plus jeunes connaissant déjà les rouages de ce fonctionnement sans être toujours protégées.

Qu’en est-il de l’évolution de l’image de soi depuis la libération du corps ?

Est ce que cela a redéfini la relation à soi puis à l’autre ?

Est ce que l’éducation des enfants plus centrés sur eux et moins sur l’extérieur change leur rapport au monde ?

Pourrions-nous partir du postulat que la liberté et la libération du corps sont réellement les seules raisons de l’individualisme et du narcissisme actuel ?

La libération de ce corps, advenue dans les années 60, amène nombre d’entre nous à se lancer éperdument dans des régimes pour ne plus rien voir dépasser.

Des bouts de chairs en trop. Beaucoup ne peuvent quitter leur domicile sans passer des heures à s’apprêter dans leur salle de bain se tirant le portrait minute après minute jusqu’à obtenir l’image parfaite qu’ils publieront afin de remplir la jauge à compliments de la journée.

Que l’on soit Narcisse fasciné par son propre reflet, s’aimant beaucoup trop ou, au contraire, que l’on ne supporte pas ses attributs physiques, la psychologie moderne nous dirait que cela revient au même sentiment d’un amour de soi défaillant. Cela crée un équilibre délétère entre le physique et le psychique.

Comme le dit Paul Denis, psychanalyste et auteur de «Le narcissisme » (éditions Que sais-je?) : « Notre narcissisme est fait de toutes les formes d’intérêt que l’on a pour soi. »

On peut donc comprendre que s’aimer ne suffit pas. Il faut pouvoir avoir de l’intérêt pour tout ce qui fait notre personnalité, notre caractère, savoir comment nous nous aimons et avoir renforcé ce sentiment d’amour envers nous-même.

La libéralisation du corps a donné une place importante au corps au détriment d’autres traits de ce qu’est une personne. Il est possible que nous pensions que c’est par ce corps que nous deviendrons aimables.

Le nombre d’opérations de chirurgie esthétique a augmenté. 40,8% souhaitent embellir leur apparence physique, 21,9% masquer certaines imperfections et 13,7% simplement rajeunir.

Ce n’est plus un tabou que de se transformer et d’utiliser les moyens à notre portée afin d’améliorer ce corps qui est ce que l’on pense devoir présenter en premier lieu et faire aimer en premier lieu.

Quelque soit sa méthode, chacun semble chercher son Graal physique.

D’autres se couvriront de tatouages ou de bijoux afin de s’embellir et peut-être faire un « pied de nez » à ce temps qui passe malgré nous. Le tatouage ou le piercing sont aussi des manières d’attirer l’oeil.

La libération du corps demande un effort important et cela dans un objectif, peut-être, de ne jamais avoir à supporter la solitude.

Mais, on peut aussi y voir ce besoin de ne pas accepter le contrôle de l’autre, de l’Etat, du corps médical et de ce vieillissement naturel afin d’en faire son appartenance totale.

Une affiche du MLF1 (mouvement libération de la femme) datant de 1970 montre des corps nus enlacés en plein acte sexuel et des femmes et des hommes rassemblés pour une manifestation. Ce rassemblement permet de poser une revendication : le désir de choisir et vivre selon ses propres valeurs en contestant l’autorité en place. Se libérer et s’aimer ont permis à l’individu de dire, de montrer ses besoins et ce qui est ou non acceptable.

Pour exemple, nous pouvons évoquer la santé des femmes voire des personnes souffrant de troubles psychiques. Les souffrances sont enfin entendues et des solutions se dégagent de cette écoute.

Les enfants et les adolescents accèdent aisément à tout ce qui fait d’eux un être presque de perfection notamment car ils deviennent, souvent et de plus en plus, des accessoires de mode ou de représentation pour des parents en quête, au-delà d’eux-mêmes, d’une reconnaissance absolue. Ils font de leurs enfants une vitrine de leur bonne parentalité et cela ne se traduit pas uniquement par des principes éducatifs étalés dans diverses émissions ou réseaux sociaux. Cela se traduit aussi par un enfant, dès sa naissance, vêtu de vêtements excessivement onéreux, jouant avec des jeux excessivement chers et pas forcément adaptés. La libération du corps a conduit à cet étalage de soi et de ce qui nous appartient dont les enfants.

L’enfant est un produit d’appel publicitaire. Cela attire des abonnés. Tout est un bon moyen pour être vu et aimé. L’enfant devient donc un clone de son parent.

Certains adolescents fonctionnent sur le même comportement que ces adultes en faisant de leur image un moyen de se faire entendre, connaître et donc aimer.

Mais cet amour factice et instantané, peut se transformer en pugilat publique dès qu’une haine s’installe.

Est ce que ce domaine public où l’on fait valoir la libération de son corps et de son être n’aurait pas tendance à nous enfermer ? On peut constater qu’il existe aussi des personnes ne pouvant se détacher de ce domaine devenant addict à l’approbation des autres par ce biais.

Lorsque nous sommes ce regard sur l’autre, nous évitons de voir ce qui est dérangeant, méprisable ou miséreux comme une crainte que cela ne soit nous.

L’individualisme, cette tendance à se privilégier au détriment de la société, est un acteur dans la libération du corps. C’est parce que j’ai vécu telle ou telle expérience que je mène tel ou tel combat vers la liberté qui commencera par la mienne ou que je pense que cette liberté peut être celle que recherche l’autre.

On parle beaucoup aujourd’hui de l’individualisme comme d’une maladie qui envahirait toute la société. Cette libération du corps rend dangereuse notre société par ce manque de solidarité et de vision commune. Les individus vont choisir leur vie et oublier le collectif.

Existe-t-il réellement un tel individualisme généralisé ? N’était-ce pas plutôt pour répondre à une société moderne pesante et de plus en plus exigeante dont les individus se définissent par eux-mêmes sur des bases de relations différentes et riches mais complexes.

Un sociologue, Emile Durkheim2, exprimera plutôt que l’individualisme renforce et accentue le lien social en donnant des façons de se rencontrer et de s’exprimer plus importantes. Il y a donc une ambivalence entre le concept d’individualité et la solidarité. Pour autant, on peut aussi comprendre que ces concepts fonctionnent en miroir. L’un ne peut aller sans l’autre. Je m’intéresse à l’autre car j’y trouve mon intérêt quel qu’il soit et surtout si l’autre approuve ce que je présente ou représente.

La libération du corps amène à être plus à l’écoute de son corps, son désir et son envie en se détachant de ceux qui le contrôlaient auparavant mais cela signifie aussi que sa sécurisation est de notre seule responsabilité.

Nous devons assumer nos choix le concernant. Nous devons aussi apprendre à nous protéger de ce regard, le nôtre ou celui de l’autre, qui peut être bienveillant mais aussi malveillant.

Être un enfant de Narcisse ne découle pas obligatoirement de la libération du corps mais cela a accentué ce « symptôme ». nous le considérons comme un être à part entière parfois plus essentiel que le reste de notre personnalité. Il faut bien entendre que développer tout ce qui fait une personne est le véritable amour de soi en acceptant ce qui ne peut se changer et ce qui est.

L’amour de soi passe par l’acceptation et non par le perfectionnement.

Les valeurs individuelles, les besoins et les désirs personnels ont une place dans la construction d’une société et d’une communauté car ils peuvent aider à comprendre et à entendre l’individu. Ce qu’il vit. Ce qu’il veut. Ce qu’il est.

Le narcissisme mesuré est nécessaire afin de faire valoir son identité face à l’autre.

1http://musea.univ-angers.fr/exhibits/show/le-planning-familial-50-ans/les-annees-1970-la-liberat

2É. Durkheim, « L’individualisme et les intellectuels » (1898), repris dans La science sociale et l’action , Paris, PUF, 1987 (1970)

Laetitia CAVAGNI

poétesse et écrivaine

Mon utérus n’est donc qu’une matrice ?

10h40. À l’heure. Salle d’attente froide bondée de femmes, uniquement des femmes. Des jeunes, des comme moi. Celles qui ne viennent pas avec l’espoir au ventre de porter un autre être. D’alimenter ce monde d’une autre richesse.

11h38. Presqu’une heure de retard. Je rentre dans le cabinet de la gynécologue. Les mots s’enchaînent. L’examen long et pas vraiment agréable.

Les solutions (est-ce réellement des solutions?) sortent par vague de sa bouche.

Numéro une : inefficace.

Numéro deux : efficace sur du court terme.

Numéro trois : efficace ad vitam aeternum. Cette éternité me prive d’un organe.

Mais, soyons honnête, on s’en fout. On s’en branle. On s’en bat la cacahuète. Après tout, je les ai eu mes enfants. Il ne sert plus à rien mon utérus.

Ce n’est qu’un sac vide depuis 2012 et stérile depuis 2013.

25 janvier 2012, naissance de ma fille.

Discours du chirurgien :

  • Madame, après 3 césariennes, je vous conseille la stérilisation. Si je pouvais vous l’imposer, je le ferais.

Violence des mots. Violence de l’instant. Donnez-moi ma fille qui n’a que quelques heures afin que je lui dise la bêtise du milieu médical. L’indifférence encore présente à l’encontre du corps féminin et des douleurs féminines.

8 novembre 2021. je me questionne. Pourquoi me l’avoir laissé cet utérus si on l’envoie au peloton d’exécution quelques années plus tard ?

Être stérilisée alors que cela n’est pas un vrai choix, oui, on vous dit que vous pourriez mourir et tuer celui ou celle qui pousse en vous, est une douleur physique. Le médecin insiste pour insérer son implant là où le corps refuse.

Et alors dans votre tête… c’est un échec. C’est encore une histoire où je ne peux pas contrôler ce qui se passe pour mon corps. Je ne peux pas le défendre, le protéger.

Je pense à la suite. À ma vie. À ma fatigue de supporter ce mal qui m’étreint chaque jour depuis plusieurs années.

J’entends ceux qui disent encore et encore, beaucoup de femmes d’ailleurs, que je dois penser à ces magnifiques enfants qui sont à mes côtés. Elles essaient d’être bienveillantes. Elles me disent aussi que je me sentirais mieux.

Mais, la question n’est pas là. Pourquoi dois-je me départir de quelque chose qui m’appartient à moi intimement en tant que femme et ne concerne personne d’autre ?

Pourquoi la médecine n’a pas d’autres solutions ?

La gynécologue continue :

  • on fait ça rapidement en l’ôtant par le vagin.

Je n’ai rien demandé, moi. Je vais vomir.

J’accouche de moi-même finalement.

Et cette question : que sera ma féminité sans lui ? Serais-je encore une femme ?

Évidemment que oui mais est ce que je vais me sentir ainsi ? Moi ? Pas vous. Moi ?

La colère m’enserre et m’épuise. Quel choix véritable avons-nous nous les femmes dans ce monde où on décide encore pour nous et où on légifère pour nous donner le droit de décider ?

Nombre de femmes n’ont aucune difficulté à accepter qu’on leur retire cet organe inutile désormais ? Libres des contraintes d’être une femme sans être de vieilles femmes. Et, je les approuve. Je les envie. Elles ont raison.

Où est le véritable choix ? Souffrir ou se recréer ?

Ben moi, j’ai peur de la suite. Moi aussi, j’ai des choses à dire.

Je veux dire merde à tous ces médecins qui ne nous pas entendus et n’ont pas entendu la souffrance de femmes. Car, j’en connais qui vivent de vraies catastrophes cachées dans leur corps. C’est trop tard pour elle. On ne peut plus rien. Elles devront avoir mal toute leur vie. Pourtant, regardez-les. Elles vous sourient. Elles se vêtent de leur féminité. Elles sont des guerrières.

Je veux dire merde à ce médecin qui m’a infantilisé alors que j’accouchais de mon troisième enfant. Merde de votre implant si mal positionné que je ne peux pas accéder à un traitement.

Je veux dire à ce médecin qui n’a pas cru à mes douleurs. Mon utérus commençait à se déchirer. Et là, y’avait pas un risque pour un bébé aussi ? Ha pardon ! Si c’est vous, c’est une erreur et l’erreur est humaine.

Merde à la maladie. Aux maladies silencieuses.

Merde à ma maladie. Mais va t-elle enfin me lâcher ?

Vous nous voyez sourire, porter fièrement nos poitrines et nos utérus.

Mais, au fond, que savez-vous de nous ?

Partiriez-vous travailler la sang goûtant entre vos jambes ? Des contractions crispant vos membres ?

Supporteriez-vous tous ces tabous autour de cet organe ?

Non, mon utérus n’est pas qu’une matrice.

Oui, je suis une femme.

Et toi aussi. Toi. Et toi. Dis-leur. Quelque soit ta maladie. Il est à toi. Il est à moi.

Alors, allez-y ! enlevez-le ! Je pleure déjà. Elles pleurent déjà toutes. Avec ou sans enfants.

Je vais me recréer même si vous décidez pour moi.

C’est quoi être une femme alors ? On se questionne tellement sur notre genre qui ne se situe plus au niveau de nos organes génitaux et de tout cet appareil reproducteur.

Après tant de lutte, vous nous « costumez » toujours de cette vision de génitrice. Physiologiquement, évidemment nous l’avons compris. L’utérus est un organe de reproduction.

Et alors ? La médecine ne l’écoute pas plus qu’il ne nous écoute.

C’est quoi rester un être humain lorsqu’on n’est plus qu’une image floue sur une machine lors d’un examen médical ?

  • Toc toc toc !
  • Qui est là ?
  • Une personne.

Quel est le poids de notre voix ?

Que vais-je dire à ma fille ? Souffre en silence. Et quelque soit ta maladie, fais ce qu’on te dit.

Tu seras une femme, ma fille.

Je propose de fêter ce futur potentiel deuil.

Ce soir-là, portons nos plus beaux atours et buvons jusqu’à la lie ces bouteilles aux bulles pétillantes de vie.

Je vous prouverais que je ne suis pas qu’une matrice. Et elles non plus.

Ni une porteuse d’enfant ni une porteuse de vos désirs.

À moi de décider de souffrir ou de m’amputer.

À moi de décider de ma vie.

Laetitia CAVAGNI

écrivaine et poétesse

je raconte: l’hypersensibilité

par Angélique Rolland, hyper auteure et hyper sensible

L’hypersensibilité c’est un vaste sujet, un océan de beauté et de fausse vérité car c’est aussi à la mode selon moi.

Beaucoup utilisent ce terme pour essayer de rentrer dans une case, d’avoir une étiquette collée au front.

Être hypersensible ce n’est pas forcément pleurer devant un couché du soleil, ou devant un bon film.

C’est un peu cela, mais pas que !

C’est une façon de voir la vie autrement, c’est vivre différemment.

Me concernant, je me suis toujours sentie différente.

À l’école, j’avais beaucoup de mal à me mélanger aux autres élèves, et je ne riais pas des mêmes choses qu’eux. Je ne comprenais pas l’humour des enfants de mon âge, en l’occurrence je me sentais sécurisée avec un adulte. J’aimais être dans mon petit monde à moi. J’étais imaginative, je me fabriquais tout un univers de créatures, je voyais en chaque fleur une fée, en chaque caillou un lutin transformé, en chaque arbre un être appart. On me trouvait bizarre, je ME trouvais bizarre ! J’étais sensible à toutes remarques, bonnes ou mauvaises. Si un instituteur me félicitait, je me sentais détestée par les autres et trop regardée, et quand les camarades étaient difficiles, je n’encaissais les choses que quelques semaines plus tard.

Très modestement, j’ai toujours eu de bonnes notes. Mes professeurs parlaient de  » précocité »,  » d’hypersensibilité », etc… Le terme haut potentiel n’est venu que vers mes 20 ans et il n’est à ce jour pas encore diagnostiqué.

À l’adolescence j’étais comme une adulte de 25 ans dans le corps d’une gamine de 15 ans. J’étais incapable de me mêler aux jeunes de mon âge.

J’étais vite dépassée par les modes technologiques, je préférais encore mon cocon, ma féerie. Je pleurais souvent devant de beaux paysages,  en écoutant de belles musiques. J’écrivais un peu des textes de temps en temps, et j’avais l’impression de vivre une explosion de saveur quand je lâchais ma créativité sur papier. À 15 ans ce n’est pas le terme que j’avais en tête, mais aujourd’hui, avec le recul ( et je reprends les mots d’une psychologue qui m’a suivi) je le reçois comme un  » orgasme cérébral ». C’était jouissif d’être moi-même.

Parce que je me sentais trop sensible pour la moyenne, dans ma bulle, et je me forçais souvent à être une adolescente ordinaire. Quand j’écrivais j’étais authentique, je lâchais prise.

En entrant dans l’âge adulte, et maintenant en avançant à petit pas vers  la trentaine, je revendique mon hypersensibilité.

Elle est là, je la perçois physiquement dans mon corps et mon esprit. Elle est palpable pour moi, et pour les autres.

Je prends les choses très et trop à cœur. Je réfléchis trop. Mon cerveau est un passoir ! Aucune idée ne passe inaperçue. Ça ne s’arrête jamais ! Mes proches ont même du mal à me comprendre et je suis régulièrement obligée de prendre des distances pour ne pas déborder dans mes émotions. Beaucoup me demandent d’être une autre, mais demandons-nous à un hétérosexuel de devenir homosexuel ? Demandons-nous à un homme de devenir une femme ? Demandons-nous à un sage de devenir un bandit ? Je suis née hypersensible, aucun évènement n’a forcé ces émotions à être à des décibels plus élevées que les autres, c’est ma personnalité et je pense ma force aujourd’hui. Les larmes d’un hypersensible sont à mon sens de jolies perles pleines de sincérité. Et leurs chaines tintent des bruits magiques et ne trainent pas comme des fardeaux froids et lourds. Je n’ai pas ces sensations me concernant en tout cas. Je sais par contre que l’on me pense fragile et vulnérable mais en réalité c’est un volcan d’ambition et de force dans mes tripes.

Je pense que ces personnes vivent des émotions très fortes. Il y a donc très peu de juste milieu. Le sourire et la joie sont aussi forts que la tristesse et la frustration.

Je suis souvent émue et j’écris régulièrement des livres pour laisser mes émotions sortir.

Je maîtrise mieux mon hypersensibilité parce que j’ai mis un mot dessus, en revanche elle est de plus en plus forte avec les années et les expériences. Mais je l’aime, cette partie de moi n’est pas à vendre.

Concernant le haut potentiel c’est en suspens dans ma tête. Je passe les tests prochainement, après 5 psychologues qui m’ont déposé ce terme dans la tête, il est grand temps que je sache si oui ou non je le suis.

Un Haut Potentiel peut être hypersensible, mais pas toujours ! Alors pour le moment j’avance en étant qui je suis, toujours dans mon monde qui n’appartient qu’à moi.

Angélique Rolland

La femme libre sur un site de rencontre

(une tête ou un cul?)

Je tente une expérience qui m’interpelle à force d’en entendre causer par les célibataires de mon entourage.

Il y a ceux qui cherchent du sérieux. Ceux qui cherchent une discussion et de l’amitié. Et puis, il y a ceux qui cherchent une relation qu’on nomme casual.

Je veux comprendre pourquoi on ne se rencontre plus ailleurs que sur la toile. Pourquoi on ne se parle plus.

Je crée mon profil en passant par l’application Facebook Rencontres. Il y a déjà ma photo de profil (visiblement de bombasse) qui attire un nombre impressionnant de futurs prétendants si je puis les nommer ainsi.

Je ne mens sur aucune information. Il faut inscrire ce qui a de l’intérêt pour soi, si on fume et si on boit. Pourquoi ne pas demander si on se drogue ? Ha oui, et sa confession religieuse ou pas.

Évidemment, a t-on des enfants. Et les animaux ?

L’application nous dit de rajouter des photos. Allez, je m’y colle. Une sexy, la montagne, les livres.

Franchement, vais-je vraiment croire que les photos de la montagne intéressent ?

Et, je décide d’indiquer « relation casual ». Rien de sérieux.

Je ne veux pas blesser quelqu’un qui a une envie de tomber amoureux et d’être à deux.

Ce qui m’intéresse, c’est comment les hommes chassent les femmes dans ce contexte virtuel.

Parce que oui, ne nous leurrons pas, c’est de la chasse à cour.

Je ne suis pas juste. Je n’ai pas encore regardé du côté des femmes mais un homme m’avoue qu’il voit passer de nombreux faux profils féminins. Ce sont des asiatiques et elles ne cherchent clairement ni une aventure ni une relation honnête. Plutôt du cash, du flouze, du pèze.

Lui est dans une démarche sincère et pontentiellement amoureuse alors, mesdames, soyez pas des peaux de vache, bordel.

Je l’ai même rencontré loin de cette application. Il n’a jamais été question de sexe. Nous avons discuté. C’est donc en bonne voie pour une jolie amitié simple.

Je constate aussi ceci : beaucoup écrivent « amitié, discussion, relation casual, relation sérieuse. »

On est pourtant d’accord sur le fait qu’aucun de ces critères n’a le même sens. Tu veux discuter avec une pote, baiser la petite chaudasse qui passe ou te caser avec une femme bien pour toi ?

Ces différentes demandes ne donnent aucune envie de répondre positivement. Trop d’informations.

Faisons un arrêt sur image quant aux photos de profil. Je les regarde toutes. Celle du profil ne correspond malheureusement pas toujours à celles qui suivent. C’est fort dommage car être soi est pourtant ce qui fonctionne le mieux. Putain, mais on s’en fout de ceux qui jugent.

Par contre, messieurs, il y en a qui ne font aucun effort. Cessez de vous exposer avec vos supers bolides. On s’en bat les cacahuètes de ce qu’il y a sous vos capots.

Vous nous pensez réellement aussi vénales. Vous n’avez pas encore entendu parler de l’indépendance ?

Hé, j’ai un secret. Je bosse moi aussi.

Et, s’il vous plaît, un effort d’écriture que diable ! Plaire à l’autre n’est ce pas aussi démontrer que l’on peut aller plus loin plus haut ?

Naïve je suis, naïve je resterais.

Et pour moi ?

Les demandes affluent. Je supprimerais mon profil plusieurs fois pour le réactiver différemment et pourtant, les demandes ré-affluent. En montrer le plus de soi est ce qui attire.

Dernièrement, un auteur m’a appris quelque chose de juste et sensé : l’apparence prime sur le squelette de la personne.

Certains tentent et retentent. Allez savoir pourquoi alors que je dis non à plusieurs reprises. Visiblement, la notion de consentement n’est pas encore claire en virtuel.

Je me fais cette réflexion : une femme, une jolie femme de surcroît, c’est une aubaine pour ceux qui veulent tremper leur nouille. Ils pensent très sincèrement que femme libre signifie femme « open bar ».

Ho oui, vas-y Johhny fais glisser ton gourdin entre…Houla, je m’égare. Je vous prie de m’en excuser.

Indiquer « femme libre » attise l’agressivité chez certains mâles. Le refus est impossible à entendre et leur manière de s’adresser à moi est remplie de crudité. Il n’y a absolument aucune séduction ni même d’élégance. Je leur suis déjà acquise.

Il y a aussi tous ces jeunes coqs qui se pensent des hommes. Je vous relate cette conversation.

F., 25 ans, plutôt beau garçon est particulièrement direct. Je me permets de lui dire :

  • Je ne m’intéresse pas aux petits garçons. C’est certainement mon côté maternel qui ressort.
  • J’ai un diplôme supérieur et je bosse depuis longtemps maintenant.
  • Ta condition sociale et professionnelle ne font pas de toi un homme. C’est même arrogant de dire cela voire immature. Tu n’es pas encore un homme.

Et, il insiste le bougre. Il cherche une femme plus âgée pour l’expérience. J’hésite entre souffler d’agacement et rire.

Je mets fin à cette discussion stérile.

Pourtant, il refera une demande. Bref…

il y a aussi ces hommes qui s’affirment libertins et en couple libre. J’ai l’expérience du libertinage et de la liberté. Ce ne sont que des menteurs à eux-mêmes et à nous.

Ils n’ont jamais pris cette liberté mais 50 ans est arrivé soudainement. Ils veulent séduire sur la toile pour être plus discret ou se pensant plus discret.

Ils sont, malgré tout, plus subtils que leurs congénères plus jeunes.

Seront-ils vraiment capables d’assumer ces relations extra-conjugales ? Ont-ils conscience qu’ils entrent en relation avec quelqu’un qui n’est pas leur conjointe et qu’il va falloir cloisonner ces deux univers ?

Jeunes ou plus âgés, tous réclament des photos de corps nus. Je finis par demander à l’un d’eux s’il fait son marché et sa réponse est :

-je ne fais que commencer.

Que répondre à tant de délicatesse masculine.

Vous pourriez me dire qu’au fond, je sais où je mets les pieds. C’est que vous ne connaissez pas le monde libre. Il ne s’agit pas uniquement de sexe.

Les femmes et les hommes libres entretiennent aussi des relations avec ceux qui sont leurs amants et leurs amantes.

Le respect, le partage sont présents.

Le site de rencontre type « relation casual »

La relation casual est la relation occasionnelle mais pas forcément uniquement tournée vers le sexe. On peut aussi aller se balader, boire un verre, rire, voir un film et avoir de la tendresse. C’est une autre forme d’attachement et même d’amour. Cet amour n’entache en rien la relation inscrite que vous avez dans votre vie conjugale. Elle vous donne le droit, si vous tombez sur la ou les bonnes personnes, d’être qui vous êtes entièrement, pleinement et pour vous épanouir.

Ce n’est pas le coup d’un soir. On peut continuer à la nommer occasionnelle car jamais vous ne construirez un avenir ni ne vivrez ensemble.

Elle peut être belle. Parfois, elle se transforme en simple amitié.

Ce n’est pas la femme en petite tenue sur les réseaux sociaux qui expose clairement son envie. Et pourquoi pas me dire-vous ? Elle est tout aussi respectable.

La relation libre vous remplit de la différence de l’autre. Aucun n’est le même et aucun ne comble quelque chose. Le consentement est réel. Ce n’est pas un jeu. C’est une relation adulte et non une tromperie.

Car oui, ce qui est moche, c’est d’être malhonnête avec celui ou celle qui a déposé toute sa confiance entre vos mains depuis si longtemps.

Soyez donc honnête et clair ou alors remontez vos petites culottes et vos caleçons.

Je n’ai pas joué avec les hommes avec lesquels j’ai discuté. J’en ai refusé la majorité pour discuter avec ceux qui me semblaient sains.

D’ailleurs Facebook, a fini par me dire « faites une pause » puisque je refusais 95% des demandes.

Cet exercice de pêche à la ligne est épuisant.

Une femme qui affirme et qui est ce qu’elle est dans la vie de tous les jours, partout, dans la rue, sur la toile n’est pas souvent considérée comme un être humain avec une tête. Désirer l’autre même sans vouloir construire quelque chose ensemble ne signifie pas être irrespectueux ni être une chienne.

Vous n’avez aucun droit de faire preuve d’autant de laideur car nous sommes libres.

Un site de rencontre n’est pas un lieu de consommation. Mais, je le croyais juste un lieu supplémentaire de rencontres.

On ne prône rien. Chacun se vit comme bon lui semble. Par contre, évitez de jouer avec celles et ceux qui ne vivent pas l’amour comme l’entend la morale sociale et religieuse.

Si vous ne pouvez assumer ce mode de vie et de pensée, laissez-nous donc en paix. À qui faisons-nous du mal ?

Ce que je crois sincèrement, c’est que vous nous jalousez ou que vous nous craignez car nous représentons tout ce qui vous frustre ou vous semble décadent.

Erreur.

La bien-pensance et la certitude sont des fléaux dans notre société.

Ma liberté m’appartient.

Je suis une bonne mère et une bonne compagne.

Tu es un bon père et un bon compagnon.

Peu m’importe le reste. Alors peu vous importe le reste.

Laetitia CAVAGNI

poétesse et écrivaine

Dis maman, c’est quoi? Mais c’est quoi être une femme?

Et tout débuta ainsi comme une discussion banale de mère et de fille mais aussi de mère et de fils.

L’un dit à l’autre qu’il a un pénis et « pas toi ». et l’autre dit à l’un « moi, je peux faire un bébé ».

Dans notre parole intra-familiale, vous n’entendrez jamais ceci «Moi, je suis un garçon. Je suis plus fort que toi. »

Cela aurait pu survenir évidemment.

Quand on est une fille, si on a les cheveux courts, on est un garçon et quand on est un garçon, porter du rose féminise. Les poupées ne se mélangent pas toujours aux voitures.

Ha et pleurer ! Pleurer n’est pas une fonction uniquement féminine. Des animaux pleurent parfois. Se posent-on la question de leur sexe ? Non, cela nous touche.

Un garçon qui pleure est apte à se défendre. Une fille qui pleure peut vous en coller quelques unes aussi.

Le pénis a, avant tout, une fonction biologique. Il ne définit pas de quoi nous serons capable. C’est donc exactement la même donne pour un vagin.

Tout milieu social, quelqu’il soit, familial, scolaire, amical, véhicule ce type de discours.

Tout lien social peut aussi, et se doit, de démonter les pensées pré-installées dans la tête des enfants.

Être une femme c’est être de chair et de sang. C’est respirer. C’est aimer et haïr. C’est réfléchir et dire. C’est se taire et penser.

C’est être comme les autres.

Être une femme, c’est ne pas attendre que l’on nous tienne une porte pour l’ouvrir. C’est l’ouvrir à soi-même et aussi aux autres.

Dis maman, c’est quoi le féminisme ? C’est que pour les filles ?

Non, le féminisme, bien que créé par les femmes, n’est pas une notion nécessaire uniquement aux femmes. C’est comme savoir réparer une roue. Y’a pas que les garçons qui ont besoin de l’apprendre.

Le féminisme, c’est être respectueux de l’autre en tant qu’être humain. C’est défendre. C’est combattre. C’est avoir et être une VOIX et une VOIE.

Le féminisme, c’est démontrer que chacune a sa place là où elle le souhaite quelques soient ses attributs physiques.

C’est exprimer clairement une égalité qui devrait être acquise et non imposée par une législation. N’y a t-il pas quelque chose d’infantilisant à devoir attendre une légifération pour signifier ses compétences et ses capacités ? Pour signifier une place due ?

Est ce à dire que sans les votes d’autres, principalement masculins, il ne nous est pas permis ou possible d’être, d’agir ?

Permission. N’est ce donc pas le but de ces lois ? Nous donner le droit de. Devons-nous être traîtées comme des criminelles ou des enfants car nous portons un vagin

et non un pénis ? « Les femmes n’ont pas tort du tout quand elles refusent les reigles de vie qui sont introduites au monde, d’autant que ce sont les hommes qui les ont faictes sans elles »

Michel de Montaigne

Essais III

Le féminisme, mon enfant, c’est ne pas patienter jusqu’à légifération de nos libértes.

C’est, avec nos convictions, nos actions personnelles à chacune, ne pas se soumettre aux bons vouloirs de la permission légale.

Et toi, qui n’est pas une fille mais un garçon, c’est porter ce message que la personne à côté de toi est une personne avant d’être une fille ou un garçon.

C’est ne pas avoir peur de proposer de lui porter son sac. On ne sait jamais si elle porte plainte pour harcèlement.

Car on l’entend si souvent cette frayeur masculine de ne plus pouvoir tenter une approche, même discrète, envers une femme.

Messieurs, je me permets cette remarque. Vous ne faites que supporter tous les à-prioris que nous subissons depuis notre naissance du fait justement de notre naissance. Alors, certes, pour nombre d’entres vous, c’est injuste. Je le reconnais. Seulement, il ne nous est guère possible de constamment séparer le bon grain de l’ivraie. Alors, un conseil, comme nous l’avons fait et le faisons toujours, ayez une VOIX et votre VOIE.

Sachez entendre. Sachez comprendre.

Nous, féministes, ne vous voulons aucun mal. Nous pouvons nous battre et même le préférons, avec vous à nos côtés. Contrairement à l’idée de certains, nous ne sommes pas des castratrices. Nous apprenons de vous comme vous avez à apprendre de nous.

Et comme dans chaque lutte humaine, la solidarité est le meilleur des boucliers.

C’est ne pas avoir peur de la laisser trouver ton chemin sur une carte qu’elle sait lire.

C’est ne pas avoir peur qu’elle prenne une place que tu considère absolument comme la tienne. C’est accepter avec moult intelligence et raison qu’une fille peut te dépasser sans te dévaloriser en tant que garçon.

En tant que parents, nous n’arrêtons pas d’apprendre des choses à nos enfants: ce qu’il faut ou ne faut pas faire, ce qui est important et ce qui l’est moins, l’image que l’on a de soi et du monde qui nous entoure. Parce que ces leçons finissent toujours par avoir un effet, aussi minime soit-il et même si on ne s’en rend pas compte, je crois qu’il est important de ne jamais perdre de vue nos propres idéaux, nos valeurs et nos objectifs, afin de montrer l’exemple.

Comme le disait si bien l’actrice Emma Watson, lors d’un discours aux Nations Unies, les discriminations ont aussi un impact sur les hommes.

Alors, nous devons lutter contre les stéréotypes, les préjugés auprès des enfants.

Nous, parents, devons ancrer les fondements du féminisme et de l’égalité des sexes à la maison afin que ces graines germent à l’extérieur. Ecoles, activités sportives et culturelles. Relations amicales et relations amoureuses.

L’idée principale du féminisme c’est l’égalité. Ce n’est pas la féminité. On s’en fout de votre sexe. On prône l’ouverture d’esprit et l’intellectualisation des situations afin de faire en sorte que notre Terre ronde ne tourne plus carré.

Le féminisme c’est aussi et malgré des avantages de vie que l’on peut avoir, continuer de se battre aux côtés de ceux qui n’ont pas les mêmes chances. Tout n’est pas acquis.

Évidemment que les hommes et les femmes ont de nombreuses différences. Nous sommes différents d’un individu à un autre.

Évidemment que physiologiquement et intellectuellement, des différences sont marquées mais pas innées d’un individu à l’autre. Un sexe ne définit pas la personne que l’on devient.

Les enfants, prenez la différence comme une chance et non une malédiction.

Découvrez les différences au lieu de tenter de les annihiler. Pourriez-vous vivre dans un monde avec un seul épisode de votre dessin-animé préféré ?

J’écris cet article assise confortablement sur mon lit, le nez sur l’écran et le bruit de la pluie battante à mes oreilles. Pendant ce temps, une cuillère mélange la soupe pour les enfants. Cette cuillère est tenue par le père de mes enfants. Mon époux.

Son statut sociaux-professionnel est largement plus élevé que le mien. Nous avons conscience, l’un comme l’autre, qu’au vu de son salaire, je pourrais ne plus travailler. Devenir un cliché ?

Mais, vous savez ce qu’il me dit lui « le fait que tu travailles, ça apporte le beurre sur nos épinards parce que sinon, ils seraient bien fades. »

Au-delà de la question financière, il y aussi l’épanouissement. Et de sa part, ce n’est pas de l’arrogance.

Un homme féministe sait qu’une femme féministe ne hait pas les hommes. Il sait, qu’avant tout, c’est dans son intimité et dans son éducation qu’il doit changer la couleur des choses.

L’égalité pour une féministe, c’est le respect dans son entièreté de l’autre quelqu’il soit dans sa liberté de vivre comme il l’entend et, non pas d’acquérir, mais d’avoir aussi, ce à quoi il a le droit de prétendre depuis sa naissance sans permission infantilisante.

Le féminisme, chez une femme ou chez un homme, c’est faire preuve de bon sens. C’est se regarder en face et reconnaître sa propre responsabilité et enfin changer.

Mais nous femmes

avons déposés les armes

pas les nôtres

les vôtres

nos attaques

ne sont pas empreintes de violences

nos frappes

ne sont pas des bombes d’indifférences (…)

A ceux qui nous pensent

des apparences

nous répondons

par nos évidences

nous écrivons

pleine de consistance

pour eux

nous débouchons nos stylos

grâce à eux

l’encre coule à flots

ailes déployées

poussez-nous dans le vide

nous n’avons jamais peur de vos haines

nous sommes déjà lointaine

article et poème de Laetitia CAVAGNI

écrivaine, poétesse et assistante sociale

journal d’une journée d’une assistante sociale

Jour 93 440 

La gestion du temps « Que de temps perdu à gagner du temps »

Hmmm ! Maudit réveil ! Va falloir que je me lève. 6H27.

Mon agenda de la journée est la première image qui apparaît dans mon esprit. Putain ! Et pourquoi pas Keanu Reeves ou, à la limite, Sean Connery du temps de « appelez-moi Bond. James Bond ».

6h30. Cher journal, j’ai réussi à me lever à 6h30. Et ce maudit agenda qui ne me lâche pas.

Il faut dire que j’ai une secrétaire qui se persuade que je peux voir six patients en, exactement, 2h30. Oui, oui. Nous les assistantes sociales pouvons accueillir un patient, l’écouter, trouver une solution et appliquer la solution en 30 minutes.

On est un sacré service après-vente. Sauf que moi, je leur dis pas « tu viens plus aux soirées ? »

Remarque, mon journal, je vais éviter.

Il y a cette patiente, vois-tu, qui est persuadée que l’on taillera la bavette dans le thé ensemble et chez elle en plus. Ben ouais et tout cela en me contant combien elle admire Dexter Morgan, le médecin légiste qui découpe des gens, et ce tueur qui défonce la gueule d’un éducateur spécialisé dans un livre qu’elle adore.

Et sinon, le thé est sucré à ???? Bref !

Mais, je ne suis pas de très bonne humeur aujourd’hui. Je réfléchis. Je pense. Comment expliquer à ma secrétaire que je ne suis pas médecin et que je ne propose pas des consultations à bobos ?

À l’école, on nous apprend la diplomatie, la reformulation et surtout pas l’attaque frontale. On n’est pas des CRS.

Sur le terrain, on apprend ceci « ni bonne, ni nonne, ni conne ».

comment osciller entre ces deux notions de survie tout en restant souriante, lisse telle une future miss France ?

  • Bonjour B. comment vas-tu ?

Je fais un effort d’approche. Elle répond qu’elle va bien, l’insolente recouverte de son poncho d’une couleur grisâtre jamais lavé. Ils sont dans le sud-ouest et ils ont toujours froids ici… Je m’égare.

Elle me sourit aussi. Je sens un agacement contracter ma mâchoire. Elle dit :

  • Est ce que tu peux appeler Madame Trucmachinchose ? Elle a laissé plusieurs messages.
  • Il y t-il une urgence à ce que je la rappelle ce jour ?
  • Pour elle oui. Entre deux rendez-vous peut-être.

L’agacement se transforme en réel énervement. Ma bouche s’ouvre.

  • Laetitia, tu viens. La réunion va commencer.

Mon regard noir se pose sur ce psychiatre aux yeux bleus délavés. Il est sacrément beau. Il est drôle. Il est intelligent. Mais, là, je vais, lui aussi le ficeler, et le foutre dans le coffre de ma voiture.

Il me sourit. OK, OK. Je rends les armes…pour le moment.

Voilà, cher journal, comment j’ai dû assumer cet agenda qui ne correspond pas à mon métier…NON ! AGENDA DE MERDE !

Ha, tu crois que cela s’est fini ainsi. Tu me connais pourtant.

Quelques heures plus tard, décidant de partir plus tôt. Rasant les murs pour que cet autre patient cesse de venir me poser la même et sempiternelle question toutes les 15 minutes (malheureusement oui), je la croise, cette malheureuse pour laquelle j’ai nombre de desseins. Hache ? Couteau ? Pelle ?

  • Pourrais-je te dire un mot ?

Je sais être polie et avenante et souriante. Mary Poppins la drogue en moins.

  • Je suis assistante sociale. Je ne recevrais plus les patients en une demi-heure chacun. Il me semble bien l’avoir déjà expliqué. C’est assez contrariant de réitérer une explication à une personne sans pathologie…apparente (la diplomatie s’est perdue en chemin). L’urgence est une vision propre à chacun, vois-tu.

Vous avez vu comme je m’exprime bien.

  • Oui mais tu comprends…blabla et blablabla.

Je n’ai pas écouté l’oeuf kinder derrière son plexiglas.

  • Alors, je vais te le dire autrement. Ne gère plus mon emploi du temps. La prochaine fois, je te l’expliquerai en te donnant les coordonnées d’un dentiste et en devant instruire une demande d’aide exceptionnelle à la sécu pour que tu bénéficies d’un dentier adapté à ta nouvelle face.

Bon, ben, elle a pas tout compris. Elle s’est offusquée. Comprend pas. On ne peut plus rien dire de nos jours. Bordel à cul.

Haaaa, ! Cher journal ! Qu’on est bien dans son lit à te raconter cette douce journée.

Ha zut ! Il faut que je me lève afin de couvrir d’une couverture chaude ma secrétaire bâillonnée dans le grand coffre de ma voiture. Je ne vais pas l’enterrer morte, que diable ! le terreau serait moins fertile pour mes futures plantations.

Pour nous, les assistantes sociales, le travail doit être minutieux…dans le temps aussi.

Et ce n’est pas ce beau gars aux yeux bleus délavés qui viendra te sauver.

Lui et moi devrons discuter, dès demain, de la pâte à tartiner à la pistache avec laquelle il a tenté de m’empoisonner.

L’été va être si agréable dans un jardin aussi bien nourri.

Bonne nuit, mon journal.

Aucun patient n’a été blessé lors de cette journée.

« Cendrillon du trottoir » : chronique et réflexions (par Ana Minski)

« La Belle au bois dormant a fait une overdose de tranquillisants » Bianca Cendrine Bastiani, dans son roman autobiographique Cendrillon du trottoir, publié chez JDH éditions, retrace sa descente aux enfers dans le milieu de la prostitution, de la pornographie et du BDSM (Bondage, Discipline, Sadisme et Masochisme). Le premier chapitre s’ouvre sur une violence…

« Cendrillon du trottoir » : chronique et réflexions (par Ana Minski)