Journal d’une journée d’une assistante sociale

La réunion

« Cette réunion, comme c’était trop souvent le cas dans la profession, se révélait parfaitement inutile … »

Daniel Pennac

9h du mat, j’ai pas envie. Assise sur un fauteuil à distance (c’est déjà ça) de mes collègues, j’attends qu’une parole s’échange enfin.

N’avez-vous jamais vécu cette sensation de journée qui se répète indéfiniment. Est-ce parce que nous ne sommes jamais arrivés à la solution parfaite en réunion ?

Une seule minute suffit à mon esprit pour divaguer au loin vers des rivages translucides. « seule sur le sable, les yeux dans l’eau, mon rêve était trop beau… » Ha, ouiiiii !

Vous voyez, je divague juste en écrivant ce mot « réunion ». Action de réunir deux parties divisées. Je comprends le concept mais pourquoi donc aussi souvent, aussi longtemps ? Diantre !

Je me rappelle de ce service où la réunion du matin (heureusement, je n’y assistais pas car ne faisant pas partie de l’équipe éducative) avait pour enjeu de préparer l’ordre du jour de la réunion de l’après-midi.

Donc l’après-midi survenait et durant trois heures s’étirant à l’infini, heures saupoudrées de moults absurdités, je contenais mon impatience de tant de sottises humaines et professionnelles.

J’exagère quelque peu, soit. Mon tempérament du Sud. Il y avait aussi des analyses essentielles et intéressantes. L’essentiel n’était pas dans les excréments longuement discutés de telle personne mais plutôt le pourquoi du comment et comment on en fait pas « tout un fromage » de couleur marron.

Laissez-les donc vivre ces patients. Occupez-leur l’esprit à de jolies choses aussi. Ils vous le demandent et, à vrai dire, moi aussi.

Ne devrions-nous pas quitter ces réunions en ayant acté quelque chose ou, au moins, été informé d’éléments importants ?

Alors, et parce que je ne veux pas être targuée de mauvaise foi, il existe aussi des réunions ou la parole a du sens. Nous sommes au centre d’une situation compliquée, dramatique et, parfois, oui parfois, belle.

Il y a ces réunions où l’on plaisante de l’autre, de soi, où l’on partage son regard, où l’on fait partie d’un groupe, d’une équipe.

Ces réunions qui réunissent et non pas qui accentuent la division.

Les clans. Ils se représentent d’eux-mêmes en réunion. Les clans ne se mélangent pas. Ils s’adressent à vous comme si vous étiez nés de l’union d’une moule avec un escargot.

Social, médico-social, médical. Aucun milieu dans lequel j’ai exercé ne m’a épargné. N’a épargné aucun professionnel.

Ce temps est un temps de regroupement et de partage où l’on se dit ce que l’on n’ose pas se dire ailleurs, où l’on requiert un soutien, une écoute. C’est le moment de se dire l’insupportable de l’autre, d’une situation.

Au-delà de la carapace professionnelle, nous sommes des hommes et des femmes dont vos histoires peuvent faire écho à nos histoires. Nous sommes aussi des êtres de joies et de douleurs. Il peut arriver que nous devenions le miroir de vos histoires de vie et là, fracas, on explose. Oui, cela survient.

La discussion entre nous apaise et la réunion officialise. Se retrouver pour se resserrer. Cela aussi est l’objectif d’une réunion.

Bien sûr que les scissions sont visibles mais d’autres se referment.

Parfois, cela se passe et parfois cela nous lasse.

Je me pose ces questions en réunion. Que font-ils ceux qu’on laisse (tranquille) derrière la porte de nos réunions ?

Que pensent-ils de ces réunions ? En font-ils sur les professionnels qui les accompagnent? Ne serait-ce pas amusant d’entendre leur analyse sur nous, certainement souvent justes ?

En réunion, on prend soin de soi, de l’autre et de la vie de nos patients, nos usagers, nos pensionnaires.

On réfléchit. On propose. On tente. On transforme.

Toujours avec vous.

Bien à vous.

Laetitia Cavagni

parfois auteure et souvent assistante sociale

2 commentaires sur « Journal d’une journée d’une assistante sociale »

  1. J’ai connu le surplus de réunion, les tentatives pour les rendre plus efficaces. Il y a des techniques, avec des objectifs.

    Dans mes souvenirs, dans le contexte de l’entreprise où j’étais, ce n’était pas l’endroit où créer et renforcer le lien social. Ce dernier se faisait au quotidien, entre deux portes, à la machine à café, pendant les pauses, en dehors du boulot (bizarrement). Mais c’était bien l’endroit où proposer, discuter et valider des améliorations de process.

    Tant mieux si vos réunions permettent tout cela.

    Amicalement,
    Régis

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  2. Ah ça… ces fameuses réunions hebdomadaires qui n’en finissent plus, où l’on répète encore et encore ce qui s’est dit la semaine précédente… le nombre de fois où je me suis demande Ce que je foutais là…. chacun son groupe car nous ne pensons et ne travaillons pas de la même façon… et si tu l’exprimes, l’autre partie te saute dessus…. bref…. j’appelle ça de la masturbation de cerveau …. du temps de perdu au détriment des personnes prises en charge …

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