journal d’une journée d’une assistante sociale

Jour 93 440 

La gestion du temps « Que de temps perdu à gagner du temps »

Hmmm ! Maudit réveil ! Va falloir que je me lève. 6H27.

Mon agenda de la journée est la première image qui apparaît dans mon esprit. Putain ! Et pourquoi pas Keanu Reeves ou, à la limite, Sean Connery du temps de « appelez-moi Bond. James Bond ».

6h30. Cher journal, j’ai réussi à me lever à 6h30. Et ce maudit agenda qui ne me lâche pas.

Il faut dire que j’ai une secrétaire qui se persuade que je peux voir six patients en, exactement, 2h30. Oui, oui. Nous les assistantes sociales pouvons accueillir un patient, l’écouter, trouver une solution et appliquer la solution en 30 minutes.

On est un sacré service après-vente. Sauf que moi, je leur dis pas « tu viens plus aux soirées ? »

Remarque, mon journal, je vais éviter.

Il y a cette patiente, vois-tu, qui est persuadée que l’on taillera la bavette dans le thé ensemble et chez elle en plus. Ben ouais et tout cela en me contant combien elle admire Dexter Morgan, le médecin légiste qui découpe des gens, et ce tueur qui défonce la gueule d’un éducateur spécialisé dans un livre qu’elle adore.

Et sinon, le thé est sucré à ???? Bref !

Mais, je ne suis pas de très bonne humeur aujourd’hui. Je réfléchis. Je pense. Comment expliquer à ma secrétaire que je ne suis pas médecin et que je ne propose pas des consultations à bobos ?

À l’école, on nous apprend la diplomatie, la reformulation et surtout pas l’attaque frontale. On n’est pas des CRS.

Sur le terrain, on apprend ceci « ni bonne, ni nonne, ni conne ».

comment osciller entre ces deux notions de survie tout en restant souriante, lisse telle une future miss France ?

  • Bonjour B. comment vas-tu ?

Je fais un effort d’approche. Elle répond qu’elle va bien, l’insolente recouverte de son poncho d’une couleur grisâtre jamais lavé. Ils sont dans le sud-ouest et ils ont toujours froids ici… Je m’égare.

Elle me sourit aussi. Je sens un agacement contracter ma mâchoire. Elle dit :

  • Est ce que tu peux appeler Madame Trucmachinchose ? Elle est a laissé plusieurs messages.
  • Il y t-il une urgence à ce que je la rappelle ce jour ?
  • Pour elle oui. Entre deux rendez-vous peut-être.

L’agacement se transforme en réel énervement. Ma bouche s’ouvre.

  • Laetitia, tu viens. La réunion va commencer.

Mon regard noir se pose sur ce psychiatre aux yeux bleus délavés. Il est sacrément beau. Il est drôle. Il est intelligent. Mais, là, je vais, lui aussi le ficeler, et le foutre dans le coffre de ma voiture.

Il me sourit. OK, OK. Je rends les armes…pour le moment.

Voilà, cher journal, comment j’ai dû assumer cet agenda qui ne correspond pas à mon métier…NON ! AGENDA DE MERDE !

Ha, tu crois que cela s’est fini ainsi. Tu me connais pourtant.

Quelques heures plus tard, décidant de partir plus tôt. Rasant les murs pour que cet autre patient cesse de venir me poser la même et sempiternelle question toutes les 15 minutes (malheureusement oui), je la croise, cette malheureuse pour laquelle j’ai nombre de desseins. Hache ? Couteau ? Pelle ?

  • Pourrais-je te dire un mot ?

Je sais être polie et avenante et souriante. Mary Poppins la drogue en moins.

  • Je suis assistante sociale. Je ne recevrais plus les patients en une demi-heure chacun. Il me semble bien l’avoir déjà expliqué. C’est assez contrariant de réitérer une explication à une personne sans pathologie…apparente (l diplomatie s’est perdue en chemin). L’urgence est une vision propre à chacun, vois-tu.

Vous avez vu comme je m’exprime bien.

  • Oui mais tu comprends…blabla et blablabla.

Je n’ai pas écouté l’oeuf kinder derrière son plexiglas.

  • Alors, je vais te le dire autrement. Ne gère plus mon emploi du temps. La prochaine fois, je te l’expliquerai en te donnant les coordonnées d’un dentiste et en devant instruire une demande d’aide exceptionnelle à la sécu pour que tu bénéficies d’un dentier adapté à ta nouvelle face.

Bon, ben, elle a pas tout compris. Elle s’est offusquée. Comprend pas. On ne peut plus rien dire de nos jours. Bordel à cul.

Haaaa, ! Cher journal ! Qu’on n’est bien dans son lit à te raconter cette douce journée.

Ha zut ! Il faut que je me lève afin de couvrir d’une couverture chaude ma secrétaire bâillonnée dans le grand coffre de ma voiture. Je ne vais pas l’enterrer morte, que diable ! le terreau serait moins fertile pour mes futures plantations.

Pour nous, les assistantes sociales, le travail doit être minutieux…dans le temps aussi.

Et ce n’est pas ce beau gars aux yeux bleus délavés qui viendra te sauver.

Lui et moi devrons discuter, dès demain, de la pâte à tartiner à la pistache avec laquelle il a tenté de m’empoisonner.

L’été va être si agréable dans un jardin aussi bien nourri.

Bonne nuit, mon journal.

Aucun patient n’a été blessé lors de cette journée.

4 commentaires sur « journal d’une journée d’une assistante sociale »

  1. J’espère que ta voiture a un grand coffre. Les candidats se bousculent pour y faire un tour. J’ai adoré ton récit Laetitia. En te lisant, je me suis rappelé la grandeur et surtout la servitude d’être au service des gens.

    Je m’occupais d’informatique, de support informatique. Je ne me rappelle pas le nombre de fois où je me suis retrouvé réceptacle des agacements dûs à une pression de travail trop forte, à un chef débile ou pervers, à la course aux résultats…

    J’essayais toujours d’arranger « mes » utilisateurs, quitte à me retrouver dans la merde à mon tour. Mais bon, on ne se refait pas.

    Tu as les trois (x)onnes (x=b ou c ou n). J’avais les deux (x)ons (x=b ou c). Le x=n, je ne pratiquais pas, mon athéisme me l’interdisant.

    Ton boulot n’est pas une sinécure et je te dis tout le respect que j’ai pour ce que tu fais.

    Amitiés.
    Je t’embrasse,
    Régis

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  2. Je me retrouve bien là. Assistante sociale â l hôpital, je vois environ 8 personnes âgées de olus de 75 ans avec des troubles cognitifs, un isolement, des familles qui souhaitent que l on fasse des miracles et un tel qui sonne à longueur de journée accroché à ma blouse. Boulot bâclé….

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