BRING ME YOUR LOVE

Charles Bukowski and Robert Crumb

Il s’appelait Charles. Il est né en Allemagne et mort quelque part sur terre mais ça on s’en fout comme il se foutait des convenances et des remarques sur sa grossièreté et… son inconvenance.

Tout ce pot-pourri exécrable a fait de lui le poète d’exception et l’auteur de génie.

Il s’appelait Bukowski. Il est né le 16 août 1920 et mort toujours par là et on s’en fout toujours autant.

Par contre, ce gaillard grassouillet ne pouvait vivre sans cette encre essentielle : l’alcool. « Je continue à lever mon verre, comme s’il se déversait dans un grand vide. J’admets qu’il y a une stupidité ancestrale en moi qui ne peut être résolue. Je continue de boire, de boire… »

Ce personnage inimaginable, presque sorti d’un livre, moi je dirais même de Zola. Bagarreur, vomisseur, sanguinolent. Aimant le sexe et les souillures. Se détruisant mais à coup de vie. Jamais à coup de mort. Il a vécu lui. Intensément. Fiévreusement.

Il semble assommer par la douleur et la mélancolie. Le hasard ? Peut-être pas. Lui qui a eu droit de vivre auprès d’un père violent et tyrannique et d’une mère soumise. Deux extrêmes. Jamais de milieu juste ou de juste milieu.

C’est à 10 ans que l’écriture le rencontre. C’était juste une rédaction dans laquelle il devait raconter la venue du président Hoover. Il invente. Il rapièce. Et, il se découvre.

Lui, l’enfant enfermé et frustré par un père qui a peur de l’échec qu’il se renvoie à lui-même mais le fait payer à son fils et son épouse.

Voilà ! Cela créera l’un des plus grands écrivains au monde qu’on l’aime ou le haisse. On ne le sait pas forcément mais il écrivait avec l’oreille caressée de musique classique. Finalement pas si indélicat le gars.

Et dans l’autre coin du ring ? Robert Crumb. Américain pur souche. Une histoire familiale lambda. Il commence à dessiner très jeune avec ses frères et sœurs. Des personnages à la Disney.

Il réalise des cartes de vœux en début de carrière. Des animaux dans des comics et change de voie en créant des parodies sexistes de bandes-dessinées ou des histoires dépravées.

Il se décrit lui-même dans ses bandes-dessinées. Infidèle, dépressif, obsédé sexuel.

Il refuse la complaisance. Il écrit et dessine sur l’aigreur, la frustration, les fantasmes noirs.

Il est obscène, virulent, mysogyne.

Il fallait alors qu’ils créent ensemble ces deux misanthropes. Et c’est un bijou ce petit livre, à l’air de rien, réédité aux éditions Au Diable Vauvert.

Format simple comme en carton qui ne vous coûtera que 9 balles. Mais putain, il dépote et par ces dessins illustrant parfaitement l’absurde du texte.

Je vous raconte ?

Harry visite une femme. Elle c’est Gloria. Gloire à Gloria, la folle.

Elle l’insulte et se frappe. Elle le rend dingue mais c’est elle qui est folle. C’est sa femme.

« Tu es un fourreur de pute, Harry. Tu fourres les putes. »

Il a été obligé de la faire interner car elle devenait dangereuse pour lui et pour elle.

Étrange scène où le psychiatre apparaît et où la gente dame s’adoucit exprimant son mieux-être.

«Oui, docteur Jensen, j’étais justement en train de dire à Harry à quel point je me sentais plus stable… » Certes.

Je vous laisse découvrir ce dessin incroyable de cette femme corpulente se mettant un gnon dans la tronche. Je vous jure que j’ai encore les côtes qui frétillent.

Alors oui, ces auteurs (et ce livre) ont un côté gnangnan à la « maman, un câlin s’il te plait. J’suis un pauv’e gars qui fait de son mieux. »

Mais, il y a un mais. Mais, il est drôle et surprenant.

Prenons Bukowski et Crumb pour ce qu’ils sont et laissons de côté les porcs.

Ils disent une vérité mais elle peut ne pas être la nôtre.

Ce livre vaut bien qu’on s’y arrête.

Parce qu’en plus ce pauvre bougre d’Harry est envahie par sa maîtresse. Il tente de la faire vibrer sous ses assauts d’homme en rut. Seulement, l’épouse n’est pas loin. Diablesse versatile tapie dans son ombre.

Et je me pose cette question à la fin du livre : est-elle internée par hasard ?

Je ne peux pas non plus m’empêcher de faire le lien avec une épouse de Charles Bukowski. Celle-ci est alccolique, suicidaire, nymphomane. Elle ne supportera pas qu’il écrive. Il devra la quitter pour retrouver sa plus fervente écarteuse de cuisses : l’écriture.

Ces deux auteurs se nourrissent du chaos mais avant tout, le leur.

Alors, en conclusion, juste ce petit mot. Ouvrez donc vos portes-monnaies ou sortez vos cartes bleues, platines…

Prêt ? Achetez-le et passez un moment…à vous de voir.

Moi ? Je me suis souvenue de cette conversation avec l’une de mes patientes. Celle-ci me dit : « j’adore les enfants. J’aimerais en avoir. Parfois, lorsque j’en croise, je voudrais les enlever mais je sais que c’est interdit par la loi. »

Laetitia Cavagni

auteure et poétesse

2 commentaires sur « BRING ME YOUR LOVE »

  1. Bonsoir Laetitia,

    Tu viens de me projeter quelques dizaines d’années en arrière, car j’aimais autant Buko que Crumb. Il y a longtemps que je n’ai lu aucun des deux mais les deux m’ont profondément marqué.

    Sans doute l’urgence vitale qui s’en dégage, ou quelque chose comme cela.

    Merci pour ce voyage !

    Je t’embrasse. 😘

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